Pourquoi je soutiens les lanceurs d’alerte des Luxleaks

Pourquoi je soutiens les lanceurs d’alerte des Luxleaks

Le 12 décembre 2016 se tiendra au Luxembourg le procès en appel d’Antoine Deltour et Raphaël Halet, les deux  lanceurs d’alerte du scandale Luxleaks et Edouard Perrin, le journaliste qui a révélé l’affaire.

A l’issue du premier procès Luxleaks qui s’est tenu, du 26 avril au 4 mai 2016 au Luxembourg, Antoine Deltour et Raphaël Halet ont été condamnés respectivement à 12 et 9 mois de prison avec sursis et 1500 et 1000 euros d’amende. Ils ont annoncé immédiatement leur décision de faire appel. Edouard Perrin a été acquitté mais le parquet luxembourgeois a décidé lui aussi de faire appel. Ils seront tous les trois rejugés.

Je soutiens les lanceurs d’alerte des Luxleaks. 

Parce que les multinationales et les grands groupes financiers sont aujourd’hui à l’attaque.

Parce que face à eux, les Etats sont impuissants ou complices. Ils les laissent spolier et voler leurs populations quand ils ne leur proposent pas des régimes fiscaux super alléchants.

Pa rce que les conséquences sont évidentes dans la vie de tous les jour : déficit de la sécu, du système de retraite, pas d’argent pour notre école, notre sécurité, notre santé. Ce qui est en cause c’est l’évasion fiscale.

Parce que le combat des lanceurs d’alerte est le nôtre.

Nous devons défendre leurs droits et leur liberté parce que ce sont les nôtres.

Si nous ne nous en occupons pas, personne ne le fera.

Pour plus d’informations et pour signer la pétition de soutien cliquer ici.

Solidaires des salariés d’Alphacan de Gaillac

Spécialisée dans les menuiseries PVC, créée en 1962 à Gaillac, longtemps propriété d’Elf Aquitaine, Alphacan comptait encore 350 salariés en 1974. 133 personnes avaient échappé aux restructurations financières et aux saccages d’emplois de ces dernières années. Mais pas pour longtemps : les propriétaires actuels veulent supprimer 92 postes.
Le sort de cette entreprise illustre bien les trajectoires de la mondialisation, qui ici se traduit par la dictature des fonds d’investissement (qui n’investissent jamais un sou) américains. La Dépêche, dans un article récent, en rappelle quelques dates :
« Vendue début 2012 par le groupe Arkema au gestionnaire de fonds américains Gary Klesch (fossoyeur des chaussures Myrys en 2000), Alphacan avait été cédée en pack fin 2014, pour 1€ symbolique, au fonds d’investissement anglo-saxon Open Gate via sa filiale Ken One. Cette dernière, par la voix d’Olivier Benferhat, directeur général d’Alphacan France, a annoncé début octobre son intention de reclasser l’atelier de fabrication de Gaillac à l’usine de Sablé-sur-Sarthe, l’un des trois sites d’Alphacan France avec Chantonnay en Vendée.
Le siège social d’Alphacan ne serait plus à Gaillac et on ne fabriquerait plus ici» déplore Thierry, 49 ans, salarié depuis 24 ans. »

Des écrivains, artistes, musiciens apportent leur solidarité aux salariés de l’usine de Gaillac à l’initiative du comité de soutien aux salariés de l’usine d’Alphacan,

Communiqué de presse
“Nous, écrivains, musiciens, plasticiens, artistes connaissons la ville de Gaillac parce que nous y vivons ou parce que nous avons participé à sa vie culturelle au travers du Salon du Livre auquel nous avons participé.
Suite à l’information annonçant que 92 emplois seraient supprimés dans l’usine Alphacan, déclarons nous solidariser avec les salariés mis au ban de l’emploi, et soutenons leur combat pour empêcher ce désastre humain, social et économique.”.

Akkouche Mouloud (écrivain), Barraband Guillaume (auteur compositeur, interprète), Chesneau (éditeur), Daeninckx Didier (écrivain), Dessaint Pascal (écrivain), Duffau Hélène (écrivaine), Dugommier Pascal (écrivain, localier), Girodeau Gildas (écrivain), Gontier Cyril (auteur, compositeur, interprète) , Jaouen Hervé (écrivain), Manotti Dominique (écrivaine), Mosconi Patrick (écrivain, plasticien), Pouy Jean Bernard (écrivain), Séverac Benoît (écrivain), Slocombe Romain (écrivain), Reboux Jean Jacques (écrivain, éditeur), Streiff Gérard (journaliste, écrivain) Touchard Frédéric (écrivain, documentariste), Vargas Jo (artiste peintre), Youlountas Yannis (écrivain, réalisateur).
Gaillac. 31 octobre 2016. Rédacteur : Pascal Polisset

Cauchemar

Cauchemar

 

Nous vivons un cauchemar dont Volkswagen est le nom. De ces cauchemars qui ne sont pas des anéantissements violents comme les naufrages en Méditerranée, mais qui nous entraînent dans des chutes lentes vers une destruction inéluctable.
Cauchemar quand nous avons appris la création par la firme d’un logiciel truqueur qui permettait de contourner les normes de pollution imposées aux constructeurs automobiles. Ce fut un rappel brutal : Une entreprise capitaliste n’a qu’une seule logique, celle du profit financier à court terme. Interrogation : la lutte contre le réchauffement climatique dans les faits, pas dans les mots, est elle possible dans un système où les grandes entreprises ont pris le pouvoir ?
Cauchemar : les institutions européennes réagissent en relevant les normes d’émissions de gaz polluants, de façon que les producteurs automobiles ne soient plus inquiétés. To big to fall. L’Europe impuissante aux mains des lobbies, comme d’habitude.
Cauchemar : les Américains réagissent selon leur logique habituelle en affaires, le racket. Le droit du plus fort. Ils imposent à Volkswagen une amende de 5000 $ à verser à chaque propriétaire d’un véhicule Volkswagen truqué. Mais ce ne sont pas les propriétaires de ces voitures qui sont mis en danger,  ce sont les habitants du monde entier, victimes du changement climatique que Volkswagen s’emploie à accélérer.  On indemnise les pollueurs et on se moque comme d’une guigne des pollués. Les États-Unis, les plus gros pollueurs mondiaux par tête d’habitant, ne pouvaient pas dire de façon plus claire qu’ils n’en ont rien à foutre du climat, pourvu que le dollar circule et que la justice américaine régule le monde.
Et bien sûr, l’Allemagne et l’Europe vont se coucher, comme d’habitude. Pas de réduction de la dette grecque, mais versements d’amendes pharamineuses à répétition vers les États-Unis. Vous avez dit racket ?

Festival de Beaune 2016

Festival de Beaune 2016

 

Or Noir vient d’obtenir le grand prix du roman noir 2016 du festival international du film policier de Beaune.

Ce prix, décerné dans le cadre du Festival international du film policier, me marque sans doute plus qu’un autre. Parce que, dans mes années de jeunesse et de formation, le cinéma a beaucoup compté, et je suis sûre qu’il compte encore dans la façon dont je conçois et j’écris mes romans. J’ai découvert le cinéma en arrivant à la Sorbonne, pour faire mes études en 1960. La cinémathèque était alors rue d’Ulm, à deux pas de la fac, et je crois y avoir passé plus de temps que dans les amphithéâtres. Cette découverte de la puissance de l’image animée, je la dois aux westerns de l’époque et aux films noirs américains des années 40 et 50. Il y a des images qui me resteront toujours,  le sourire carré de Burt Lancaster dans Vera Cruz, le tueur de la femme à abattre et son reflet, les miroirs de la dame de Shanghai, le chat et le visage du troisième homme sous son porche, et tant, tant d’autres. Aussi, quand j’ai commencé à écrire des romans, j’ai tout naturellement commencé par visualiser une scène avant de l’écrire (parfois même en noir et blanc), et je continue toujours à le faire. C’est par le film noir que je suis venue au roman noir. Et je trouve dans les films et les romans noirs que j’aime les mêmes qualités de style, dont je m’efforce de m’inspirer : concision, densité, clarté, rythme… Avec ce prix, je me dis que j’y parviens peut être parfois et c’est ce que j’ai dit lors de la remise de ce prix pour remercier le jury.

Making a Murderer

Making a Murderer

 

 

Making a Murderer est une série documentaire bouleversante qui suit au plus près pendant dix ans, dans une petite ville du Middle West, la vie d’un homme accusé et condamné pour viol, qui fait dix huit ans de prison avant que les analyses ADN ne l’innocentent, (excusez nous, l’erreur est humaine n’est ce pas). Il intente un procès au comté et à sa police pour obtenir réparation, et au cours du procès, une femme disparaît dont on retrouve le corps sur son terrain. Malgré ses protestations d’innocence, il est alors à nouveau arrêté, jugé, dans le même comté, et condamné à perpétuité, il retourne en prison où il est toujours, dix ans plus tard.

Le documentaire ne fonctionne qu’avec des témoignages, dépositions, interviews des acteurs du drame, morceaux d’enquêtes et de procès pris sur le vif, sans aucune reconstitution ni aucun commentaire des cinéastes. Documents en direct, rien que des documents.

J’ai été saisie à l’estomac, tordue d’angoisse devant le fiasco judiciaire. Fiasco à l’échelle locale : une petite ville décente et aisée contre un pauvre blanc marginal, pauvre, un ferrailleur. Fiasco de toutes les formes d’appel : chaque niveau de l’institution judiciaire sait où est son intérêt, où sont ses alliés et ses électeurs. Un documentaire qui dure dix heures, admirablement construit, comme une fiction haletante. Pas un moment de repos. Et comme au guignol dans mon enfance, j’avais tout le temps l’envie d’intervenir : « Non,  ne dites pas ça, regardez, regardez, c’est un piège… »

Un documentaire à voir absolument pour réfléchir sur les sociétés démocratiques.

Un point peut être secondaire mais notable : la justice américaine sombre, corps et biens. Mais il y a des cinéastes pour le filmer, une chaine pour diffuser la série documentaire. En France, nous avons les fiascos judiciaires, mais pas de documentaires de cette force et de cette portée.

Bien connu 7… Un policier tueur acquitté

Bien connu… 7

L’actualité  fournit trop régulièrement des situations proches de celles que j’avais racontées dans mon roman Bien connu des services de police.
Un roman que des policiers et des juges rencontrés dans divers débats avaient déclaré bien trop forcé, caricatural même. Or les mêmes mécanismes se répètent, à intervalles plus ou moins réguliers. Depuis quelques mois, j’ai décidé d’en tenir une rubrique.

 
Un procès d’assises vient de se tenir à Bobigny pour juger un policier tueur. Les faits : une équipe d’intervention, chasseuse de flagrants délits dans le 93, se lance à la poursuite d’un suspect qu’un anonyme aurait vu traîner dans une rue de Noisy le Sec. Au cours de la poursuite, un policier de la brigade d’intervention abat le suspect. A partir de ce point de départ, on retrouve toute la panoplie habituelle de la bavure policière mortelle. D’abord, qui est ce policier tueur ? Il est « bien noté de sa hiérarchie ». Or, au  cours des débats, il apparaît « manquer de discernement et de sang froid », pire, le procureur estime « qu’il n’a pas sa place dans la police ». D’ailleurs, il requiert « une interdiction à vie d’exercer la profession de policier ». En clair, la hiérarchie policière privilégie ce genre de profil, violent et sanguin, pour les brigades d’intervention, au risque de bavures inévitables. Ensuite, les collègues, dans un bel ensemble, témoignent au cours de l’enquête, que le tueur était en état de légitime défense. Il apparaît que c’est un « mensonge », (je préfère faux témoignage), l’enquête a établi que l’homme avait été abattu d’une balle dans le dos, pendant qu’il s’enfuyait. Lorsque le procureur évoque une coordination entre les témoins policiers pour élaborer leurs témoignages, l’avocat de la défense parle d’une thèse complotiste… Enfin, le tueur bénéficie, comme toujours, du soutien inconditionnel de la profession à travers témoignages, campagne de presse, pressions sur le tribunal. Dans ce cas précis, certains ont même invoqué des pressions sur l’IGS, la police des polices, et les magistrats instructeurs.
Mais deux éléments rendent cette affaire particulièrement grave.
1) L’instruction et le parquet ont fait leur travail plutôt mieux que d’habitude. Ils n’ont pas retenu la thèse de la légitime défense, ils ont démontré qu’elle reposait sur des faux témoignages policiers, et le procès est allé en assises. Un jury populaire, éclairé sur les enjeux par les débats, a donc participé au jugement. En prononçant l’acquittement, c’est un jury populaire qui a entériné le « permis de tuer » délivré au flic tueur.
2) Nous sommes à la veille d’un changement législatif majeur, qui va supprimer pour les policiers la notion de légitime défense, et donner un cadre légal au permis de tuer.
Ce que dit ce procès, c’est qu’une partie (importante, majoritaire ?) de la population est en phase avec cette nouvelle législation, et souhaite une évolution vers une société à l’américaine, non pas plus sûre mais plus violente. Rappelons qu’aux Etats Unis, la police tue par balles deux citoyens par jour en moyenne,  les policiers tueurs sont rarement jugés, et toujours (jusqu’à présent) acquittés.
Le procès de Bobigny est mortifère.

Bien connu… 6

Bien connu… 6

L’actualité  fournit trop régulièrement des situations proches de celles que j’avais racontées dans mon roman Bien connu des services de police.
Un roman que des policiers et des juges rencontrés dans divers débats avaient déclaré bien trop forcé, caricatural même. Or les mêmes mécanismes se répètent, à intervalles plus ou moins réguliers. Depuis quelques mois, j’ai décidé d’en tenir une rubrique.

La litanie des violences policières à l’encontre des jeunes des milieux populaires, de préférence basanés, continue. Selon Le Monde, tout récemment, courant décembre 2015, 18 adolescents du 12° arrondissement de Paris ont porté plainte contre des policiers de la Brigade de Soutien du Quartier. Et samedi 26 décembre, selon Libération, de nouveau des incidents avec la Brigade Spécialisée de Terrain, à Pantin. A chaque fois, des contrôles d’identité abusifs et violents, de jeunes par ailleurs parfaitement connus des policiers qui soi disant les contrôlent.
Nous entrons dans une période de tensions (post attentats, état d’urgence, montée du racisme) qui risque de durer. Notre gouvernement entend la gérer par un discours sur la guerre  et la sécurité, et par une augmentation des pouvoirs de la police, sans avoir au préalable, quand c’était encore possible, en 2012 et 2013, travailler à améliorer les rapports entre les jeunes des milieux populaires et la police. Ce n’est pas maintenant, dans ce nouveau contexte, qu’il pourra ouvrir le chantier de la police de proximité, et de la limitation puis de la suppression des brigades de cowboys. Les conséquences risquent d’être dévastatrices.


Lance flamme

Je suis romancière de romans noirs, et le roman noir en dit long sur la période que nous vivons. Première remarque, pour écrire, décrire, analyser, comprendre, il faut utiliser les mots justes. La guerre, le mot déborde de partout. « Notre pays est en guerre », la phrase évoque dans notre mémoire collective 14-18 et 39-45, et évidemment le terme ne convient pas : chacun sent bien que notre pays n’est pas en guerre, pas encore. Et tout ce folklore de drapeaux et de Marseillaise, passée l’émotion de l’après attentats est parfaitement déplacé. Mais notre pays fait la guerre, hors de ses frontières. A qui fait il la guerre ? Au terrorisme, aux barbares terroristes, des gens étrangers à toute humanité. Exactement ce que récuse le roman noir, qui nous dit que le diable, le barbare, le mal absolu n’existent pas et que chaque homme porte en lui les pulsions de violence et de mort qu’il s’efforce de maitriser. Les terroristes, comme les personnages de romans noirs, sont les produits de causes et de circonstances multiples dont la situation au Moyen Orient est un exemple magistral. Sunnites contre chiites, Iran et Syrie contre Arabie Saoudite et Turquie, fierté arabe, guerres américaines, bénéfices du pétrole, Daech est une pièce d’un jeu d’une extrême complexité. Comme chez nous, nos djihadistes sont des adolescents très attardés, produits d’une société sans utopie dont l’unique valeur commune, quelles que soient les blagues que nous racontent nos politiques, est la recherche du profit.
Guerre au terrorisme, la chose n’est pas nouvelle, elle a commencé en 2001, elle est menée depuis 15 ans par la première puissance mondiale, et trois guerres plus tard, quel est le résultat ? Extension géographique et humaine continue du phénomène terroriste qui embrase maintenant une partie de l’Asie, tout le Moyen Orient, des pans entiers de l’Afrique. Et devient maintenant un accélérateur de la crise des systèmes démocratiques européens. Chez nous, la rhétorique guerrière va nous amener le Front National, comme la nuée porte l’orage. C’est ça que nous voulons ?
Dans Libération de ce 25 novembre 2015, la formule de Dominique de Villepin est magnifique : « Faire la guerre au terrorisme, c’est éteindre un incendie au lance flamme. »
Alors qu’est ce qu’on fait ? Nous ne sommes pas capables de nous arrêter cinq minutes, et de réfléchir ? Nos héros de romans noirs ont souvent une lucidité remarquable. Ils sont capables d’affronter la tragédie et le désespoir. Pas nous ?