Discussion avec Eva Joly

Jeudi 5 juillet 2018
À la librairie Les Arènes (27 rue Jacob), rencontre Dominique Manotti - Eva Joly, animée par Sonia Devillers (journaliste à France Inter).
À partir de leurs romans, Racket (DM) et French Uranium (EJ), échanges sur la fabrique du roman (le vrai du faux), les fonctions du roman, démocratie et culture. Et l’extra-territorialité de la justice américaine...
Bonnes vacances à tous.

Polar et archives

Le 28 juin 2018, j'intervenais aux Archives nationales, sur le thème Polar et Archives, en compagnie de  ma complice Sylvie Granotier.
Voici la vidéo de mon intervention, qui peut être consultée ici.


L'intervention de Sylvie Granotier peut être visionnée ici.

Présentation de Racket à Thessalonique

La francophonie était l'invitée d'honneur du salon du livre de Thessalonique de 2018 (du 3 au 6 mai). J'ai eu l'occasion d'y présenter mon dernier roman, Racket, au cours d'un entretien avec le journaliste Fabien Perrier.
Cette vidéo a été réalisée par le département Digital Media et Communication de l'université de Thessalonique.



Kesseltreiben


















Racket a été traduit en allemand par Iris Konopik et publié chez Ariadne (Argument Verlag). Mai 2018.

Vous avez dit extraterritorialité ?

Les Américains peaufinent, ajustent, étoffent depuis maintenant une quarantaine d’années leur conception d’extraterritorialité de leur droit et de leurs lois. Ils en ont fait leur outil majeur pour imposer leur domination économique sur le monde occidental. Les Français et l’ensemble des Européens ont pratiqué la politique de l’autruche, et ont laissé faire. Il a fallu le coup de tonnerre du retrait américain du traité international de 2015 avec l’Iran, et l’interdiction faite à l’Europe de continuer à commercer avec lui annoncée en grand pompe par Trump pour qu’un débat public sur cette pratique américaine s’ouvre enfin en France. Débat assez confus, les journalistes on très souvent été pris de court, et n’en savaient guère plus que le grand public.
Et pourtant, il y avait déjà eu des coups de semonce. Pour ne prendre que deux exemples (il y en a eu beaucoup d’autres), la BNP a été condamnée par l’administration américaine à une amende de près de 10 milliards pour avoir commercé avec un certain nombre de pays sans lui en avoir demandé l’autorisation. La banque a payé, les comptes publics français ont accusé le coup, le gouvernement français s’est tu. Tant qu’il pouvait continuer à disserter sur la grandeur de la France et sur son rôle international…
À peu près à la même époque, rachat d’Alstom, une entreprise française, par GE, une entreprise américaine, entre 2013 et 2015. J’ai raconté ce rachat dans mon dernier roman, Racket. Comprendre ce que signifie « extraterritorialité » comme si vous y étiez. La justice et l’entreprise américaine collaborent étroitement pour fragiliser l’entreprise à coups d’amendes et de sanctions. Les cadres sont menacés, soumis à des chantages, corrompus, tout est mis en œuvre, et à la fin, c’est l’Amérique qui gagne…
Ça fait froid dans le dos me disent mes lecteurs. En fait, le roman essaye de faire vivre « en direct » l’opération pendant qu’elle se déroule, comme elle se déroule. Pour comprendre en quoi consiste l’extraterritorialité américaine, il n’est peut-être pas besoin de longues explications ou de savantes théories juridiques. Il est plus stimulant de lire un roman.




Entreprises : le modèle mafieux

« Au titre de nos responsabilités, nous avons en permanence un pied en prison. » (Mathias Müller, PDG de VW)

 

Samedi 24 mars 2018, une dépêche de l’AFP nous informe que le patron de Volkswagen, Mathias Müller, touche un salaire annuel de dix millions d’euros en 2017, et le trouve tout à fait justifié, compte tenu des risques permanents qu’il court d’aller en prison, en tant que dirigeant de l’entreprise. Il dit, texto : « Au titre de nos responsabilités, nous avons en permanence un pied en prison. »
J’ai relu deux fois la dépêche, je n’en croyais pas mes yeux. D’habitude, les grands patrons justifient leur rémunération en se comparant aux footballeurs, mais là, ils ont compris qu’ils avaient perdu la partie. Mais se comparer aux chefs mafieux, dont la comptabilité provisionne effectivement de l’argent pour couvrir le risque prison, c’est une première. Quel aveu, monsieur Müller… Les mafias provisionnent aussi l’aide aux familles de prisonniers, n’oubliez pas l’aide aux familles, monsieur Müller…
Quand je pense que certains de mes lecteurs trouvent que j’exagère en décrivant le monde des affaires comme un monde de truands, convaincus maintenant ?
Lisez Racket.

Racket, nouvelle vidéo

En attendant la parution de Racket, le 21 mars 2018, voici une version de la vidéo de présentation un peu plus brève.

Racket

À Paris, un géant américain braque un joyau de l'industrie française.
Racket, mon nouveau roman, raconte une histoire de kidnapping, de chantage, d'extorsion, de meurtre. Bref, un hold-up économique.
Ce roman est librement (très librement) inspiré du rachat d'Alstom Énergie par General Electric.

Parution : 21 mars 2018.



Madoff à Bercy

Mon Rêve de Madoff (Allia 2013), long monologue de Madoff en prison racontant sa vie et se rêvant en héros américain est joué au théâtre. Une représentation a eu lieu le 7 juin 2017 au Ministère chargé de l’Economie et des Finances, à Bercy. Splendide auditorium de 150 places environ, plein. Un public qui m’impressionnait. Finalement séduit. La représentation a été filmée et mise à notre disposition par Pace des Arts, l’association culturelle du Ministère.
Vous pouvez le voir ci-dessous ou sur YouTube. Durée: soixante deux minutes.


La non-mixité, nécessité politique


 Quand, en cette fin mai 2017, j'ai entendu évoquer une demande d'interdiction d'un festival afro-feministe, sous prétexte de non-mixité, j'ai réagi à chaud et rédigé ce texte, que Libération a publié sur son site Internet. Il est reproduit ci après.



L’actuelle polémique autour du festival Nyansapo
fait remonter quelques souvenirs de ma vie militante dans les années 70. J’étais en situation de responsabilité à la CFDT, une centrale syndicale alors bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, mais là n’est pas le sujet. Les luttes des femmes montaient dans toute la société française, et la CFDT y participait, avec un engagement très fort de militantes syndicalistes qui rencontraient des oppositions souvent violentes dans leur propre organisation. Il faut rappeler qu’à cette époque (pas si lointaine) la notion d’égalité entre les hommes et les femmes n’allait pas de soi. La pensée chrétienne en la matière n’était pas l’égalité, mais la complémentarité entre hommes et femmes, notion bien différente, et la pensée communiste version PCF et ses voisins considérait la lutte des femmes comme contradictoire ou secondaire par rapport à la lutte des classes.
Pour que la CFDT, pétrie de culture chrétienne, participe à la lutte pour le droit à la contraception et à l’avortement, il a fallu batailler ferme. Et Jeannette Laot, secrétaire générale adjointe de la CFDT a obtenu l’aval des instances dirigeantes quand elle est devenue présidente du MLAC, le mouvement pour la liberté de la contraception et de l’avortement. Elle était elle-même catholique, et l’avortement était contraire à ses convictions religieuses. Mais elle estimait indispensable que le syndicat mène ce combat pour la liberté de choix des femmes. Au nom de la laïcité disait-elle. C’était une époque où ce terme avait une belle couleur de liberté et de tolérance.
La deuxième étape de notre combat fut de créer une commission confédérale travailleuses, très majoritairement féminine, et des sessions de formation et de travail non mixtes. Non mixtes! Que n’avons-nous pas entendu alors! On ne parlait pas encore de communautarisme, mais l’idée de réunir des femmes entre elles, hors de contrôle des hommes, faisait trembler d’horreur des pans entiers de l’organisation. Nous avons maintenu nos propositions, nous avons tenu nos premières sessions non mixtes.
Des sessions de quatre jours, entre femmes, sur nos pratiques syndicales, à la campagne, loin de toute pression. Je ne suis pas près d’oublier cette expérience. La parole mettait toujours du temps à se libérer. Certaines femmes reprenaient d’abord tel que le discours officiel de leur syndicat ou de leur fédération : hommes ou femmes, peu importe, tous unis, il ne faut pas diviser la classe ouvrière. Et puis petit à petit, des témoignages personnels ont commencé à émerger, d’abord sur la violence sexiste des petits chefs contre les ouvrières, dans les usines. Puis sur le silence des délégués syndicaux face à ces faits de violence. Pour finir de façon poignante sur des récits dans lesquels les responsables syndicaux hommes pratiquaient la même violence sur les syndiquées femmes. Constat : les mœurs de la profession déteignaient sur les syndicats. Récits chuchotés au milieu des larmes. Beaucoup de drames personnels, au-delà de ce que nous supposions au départ, et que nous n’avons pas toujours su gérer correctement. Jamais aucun de ces mots ne serait sorti en présence d’hommes.
La nécessité absolue de moments de réflexion et d’échanges à dimensions variables, entre catégories de gens qui se sentent opprimés et en éprouvent le besoin pour libérer leur parole (c’est, semble-t-il, à la lecture de Libé d’aujourd’hui, de séminaires de ce genre qu’il s’agit dans le cadre du festival Nyansapo) me semble une évidence et une liberté incontournables. Femmes, alcooliques anonymes, noirs, arc-en-ciel… à eux de décider. Rien à voir avec les interdictions de l’espace public à tel ou tel groupe (juifs, chinois, noirs…) que nous avons pu connaître à tel ou tel moment de notre histoire. Les réactions de Fdesouche aux séminaires non mixtes de Nyansapo ne me surprennent pas. L’extrême droite non seulement n’a jamais soutenu les libertés, pas plus celles des femmes que de n’importe qui d’autre, mais elle est là simplement dans sa logique raciste, la gestion de son fonds de commerce de suprémacistes blancs. Par contre, la réaction à chaud de la maire de Paris, hier, de demander l’interdiction du festival me paraissait choquante, une décision prise trop rapidement, en cédant à la pression de la doxa dominante, «style Manuel Valls». Elle s’honore en rouvrant le dossier, et en trouvant une solution raisonnable d’ateliers d’échanges et de travail non mixtes dans des locaux privés, et d’une réunion publique dans un local communal ouverte à tous. Raisonnable dans l’immédiat. Reste à voir si désormais les différents mouvements féministes n’auront plus accès aux
locaux municipaux. Un sujet dont on sera peut-être amené à reparler