Le débat sur la police est ouvert. Profitons-en

Le débat sur la police est ouvert. Profitons-en

Le débat sur la police est ouvert. Profitons-en

Au cours de l’actuel débat sur la loi de « sécurité globale » je note une légère inflexion dans le vocabulaire employé par nos dirigeants politiques. Après avoir purement et simplement refusé le terme de violences policières et avoir parlé, dans le pire des cas, d’actes isolés de « brebis galeuses », des infiltrés en quelque sorte qui n’ont rien à faire dans le troupeau, ils parlent maintenant « d’actes d’une infime minorité ». On est passé des individus isolés aux petits groupes.

Il faudra qu’ils aillent beaucoup plus loin dans l’analyse du phénomène. J’ai longuement enseigné dans le 93, et je sais d’expérience que les violences policières y ont une longue histoire. J’ai écrit en 2010 un roman Bien connu des services de police, inspiré d’une bavure policière des années 2002–2003 dans laquelle j’avais tenté, avec d’autres militants de porter assistance à des victimes, accusées de violences contre les forces de l’ordre. Échec. Je feuillète ce roman aujourd’hui, et j’y retrouve déjà (presque) toutes les composantes de la « bavure » classique. Au départ, contrôle d’identité de « non blancs » (terme utilisé faute de mieux) inutile, violences gratuites et plus ou moins jouissives, incompétence brouillonne à trois sur un seul « suspect », formation lacunaire, élaboration collective de faux rapports, puis de faux témoignages en justice. Et ce dont les syndicats de police ne nous parlent guère, profond malaise d’un policier pris dans cette mécanique collective sans l’avoir vraiment voulu qui le conduit jusqu’au suicide. Cette histoire n’est pas un cas unique, c’est plutôt une sorte de schéma reproduit un grand nombre de fois dans ce département du 93, dans une indifférence quasi générale de la société dans son ensemble.

Autre « bavure » à laquelle je me suis intéressée de près, « l’affaire Théo », ce jeune homme noir contrôlé en 2017 par une BST (brigade spécialisée de terrain) à Aulnay-sous-Bois, dans le 93. Contrôle de routine, à la fin duquel Théo est transporté à l’hôpital avec une perforation de l’anus et de l’intestin sur dix centimètres de profondeur, et quelques autres « contusions ». Opéré en urgence, il s’en sort avec une invalidité à vie. La Défenseuse des Droits a rendu la semaine dernière son rapport, après trois ans d’enquête. Elle relève de multiples irrégularités commises par les policiers de la BST. Présence dans leur véhicule d’armes dites « intermédiaires » (LBD, grenades lacrymogènes et de désenclavement) totalement inappropriées, et pour lesquelles ils n’ont pas d’habilitation. Utilisation abusive d’une grenade contre un témoin isolé des faits. Matraquage ultra violent d’un jeune homme isolé, maniement dangereux d’une matraque télescopique (une matraque violeuse…). Un mélange d’incompétence professionnelle et de violence brouillonne de jeunes mâles surexcités. Elle note ensuite que les trois agents n’ont pas fait de rapport sur leur utilisation des « armes intermédiaires », ce qui, en principe est obligatoire. Réponse des intéressés : « Ces armes sont d’un usage courant dans le 93. S’il fallait faire des rapports à chaque fois… ». Réponse dont il convient de souligner la sincérité. Et la petite brigade a produit un faux rapport sur le déroulement du contrôle de Théo.

Prenons maintenant le tabassage de Michel, le producteur de musique, samedi  21 novembre 2020. Même type de brigade (les BST s’appellent maintenant BTC, Brigade territoriale de contact. Sens de l’humour ?), même violence, même matraque télescopique, même grenade lacrymogène, même incompétence brouillonne, même victime non blanche, et même faux témoignage. Mêmes schémas d’interventions bien rôdés dans les deux cas, qui ont retenu l’attention, l’un à cause du caractère et de la gravité de la blessure, l’autre grâce aux images d’une caméra de surveillance. Il en existe bien d’autres, dont le déroulement est identique, et qui, en l’absence d’images, et parce que la parole des policiers, fonctionnaires assermentés, pèse lourd, se terminent par l’inculpation des victimes pour outrage et rébellion.

Il faut donc réfléchir aux causes qui, dans le fonctionnement de l’institution, produisent de tels faits à répétition.

Pour moi, comme pour beaucoup d’observateurs, la première cause est la garantie d’impunité. La hiérarchie, l’IGPN couvrent systématiquement. Dans « l’affaire Théo », il y aura un procès en assises compte tenu de l’existence d’une invalidité permanente chez la victime. Le crime de viol n’a pour l’instant pas été retenu. Nous verrons si le rapport de la Défenseuse des droits sera pris en compte par la justice. Jusqu’à maintenant, les recommandations du Défenseur des droits n’ont jamais été prises en compte, ni par l’institution policière ni par la justice. Mais il y a déjà eu, tout de suite après les faits, en 2017, une enquête administrative demandée par la hiérarchie à l’IGPN, qui a conclu en deux jours que tout allait bien, et la hiérarchie a donné à l’équipe de policiers un avertissement, la plus faible des sanctions administratives qui n’entraine aucune conséquence professionnelle.

Allons plus loin. La Défenseuse des Droits dans son rapport sur l’affaire Théo met en cause le commissaire de police du commissariat d’Aulnay pour n’avoir pris aucune précaution pour empêcher les trois policiers impliqués de se concerter pour fabriquer leur faux rapport. On peut s’interroger aussi sur la façon dont il encadrait ses équipes sur le terrain, contrôle des armements, absence de rapports etc…  Or ce commissaire n’est pas un inconnu. En 2004, à peine sorti de l’école nationale des commissaires, il est nommé dans le 19° arrondissement de Paris, responsable des BAC. Une nuit, il accompagne une de ses brigades sur le terrain (il aime ça), et assiste sans tenter d’arrêter la mécanique, à une arrestation d’un automobiliste en infraction au code de la route, qui de fil en aiguille, si je puis dire, se retrouve avec le cul nu et un enjoliveur entre les fesses (je n’invente rien). L’automobiliste portera plainte ensuite. L’affaire passe en justice en 2008. Le commissaire couvre ses hommes, et se retrouve condamné à un an de prison avec sursis, et une interdiction d’exercer son métier pendant un an, pour « abstention volontaire d’empêcher un crime ou un délit en train de se commettre ». Son interdiction d’exercer est mise en œuvre, avec des aménagements financiers qui lui assurent son salaire. Puis il est réintégré, et dans la foulée il est promu commissaire divisionnaire à 38 ans, ce qui est une très belle promotion. Bien plus, peu après, il devient le patron du commissariat d’Aulnay-sous-Bois, dans le 93. La hiérarchie et les syndicats, qui cogèrent les promotions-mutations, estiment donc qu’il a le profil idéal (apprécié des policiers de base, capable de les couvrir face à la justice, peu regardant sur la déontologie) pour exercer dans une banlieue difficile où il convient d’appliquer des méthodes de force. Et ce n’est pas fini. Après Aulnay et l’affaire Théo, ce commissaire se retrouve au commissariat d’Asnières. Toujours « meneur d’homme », il accompagne une de ses brigades de nuit dans une ronde sur les bords de Seine en avril 2020, quand celle-ci course un immigré, qui tombe à l’eau. Les policiers se paient une tranche de franche rigolade. « Les bicots ne savent pas nager… un bicot, ça coule… lui mettre des pierres au pied, pour voir… » avant de le repêcher, l’arrêter, et peut être de le tabasser dans le car (bruits suspects). Que nous dit l’histoire de ce commissaire ? Sa promotion, ses affectations successives, cogérées par la hiérarchie et les syndicats de police, signifient un choix conscient, délibéré d’une police de force menée par des hommes à poigne, dont on sait qu’elle entraine des bavures à répétition. Il est donc nécessaire d’assurer l’impunité, pour préserver la cohésion de l’institution.

Les syndicats de police répètent en boucle que la police est le corps de fonctionnaires le plus contrôlé par leur instance interne de contrôle, l’IGPN. C’est un argument de façade, auquel eux-mêmes ne croient pas. Il est vrai que l’IGPN ne laisse pas passer et sanctionne les délits « ordinaires », du type vols, violences conjugales, ou autres délits de droit commun. Mais elle n’a pas un rôle de sanction mais de protection des policiers dans leurs rapports avec la population dans l’exercice de leur profession, elle les couvre et ils le savent. C’est un élément central dans le fonctionnement actuel de la police. D’où son hostilité à toute participation extérieure au corps dans l’IGPN.

Résultat d’une politique qui définit la liberté par l’autorité et la sécurité, la police est pourrie de l’intérieur, elle traverse une crise profonde dont aucun gadget technologique (drones, caméras…) ne pourra la guérir. Il faut débattre de sa fonction, de ses rapports au pouvoir et aux citoyens dans une société démocratique. Le débat commence à s’ouvrir, grâce aux images. Et aussi parce que la dernière bavure a lieu dans les beaux quartiers parisiens, et frappe un producteur de musique, pas un employé de McDo. Il faut s’engouffrer dedans, il est plus que temps.

 

Nuit européenne des chercheurs : Petits secrets, grands crimes

Nuit européenne des chercheurs : Petits secrets, grands crimes

Nuit européenne des chercheurs : Petits secrets, grands crimes

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 2020, s’est tenue « La nuit européenne des chercheurs », sur le thème des « petits secrets nocturnes ». A l’Université de Limoges, un groupe de chercheurs travaille depuis plusieurs années sur le polar comme forme majeure de la fiction contemporaine, et ce groupe fonctionne maintenant depuis quelques mois à l’échelle européenne. Il a donc organisé, à l’occasion de cette nuit des chercheurs, deux rencontres :  Natacha Levet, de l’université de Limoges discute avec Serge Quadruppani; puis Caïus Dobrescu, Université de Bucarest, m’interroge sur ma vision du polar, et du polar européen.
Des textes choisis par les deux auteurs ont été enregistrés par la compagnie de la Friche. Les enregistrements sont disponibles en cliquant sur les liens ci-dessous.

Textes présentés par Serge Quaduppani :

Textes que j’ai présentés :

Marseille 73 a été traduit en allemand

Marseille 73 a été traduit en allemand

Marseille 73 a été traduit en allemand

Marseille 73 a été traduit en allemand par Iris Konopik et publié chez Ariadne (Argument Verlag). Novembre 2020.

Le Ravi : ce passé colonial qui ne passe pas

Le Ravi : ce passé colonial qui ne passe pas

Le Ravi : ce passé colonial qui ne passe pas

Le Ravi est un “mensuel pas pareil, enquête et satire en région PACA. Le Ravi pratique un journalisme d’investigation et se donne un devoir d’irrévérence“. Je le lis régulièrement. Et je lui ai accordé une interview à l’occasion de la sortie de  Marseille 73.
On peut le lire et l’écouter en cliquant ICI

Festival de Frontignan : ma participation

Festival de Frontignan : ma participation

Festival de Frontignan : ma participation

Festival Frontignan

Covid oblige, le Festival international du roman noir n’a pu se tenir comme à l’accoutumée. Il a été décalé en cette fin d’été 2020, du 11 au 13 septembre, et n’a pu accueillir tous les auteurs à Frontignan.  Ainsi une grande partie des auteurs ont été soumis à la question et lisent un extrait de leur dernier livre.
Trois questions :

♦ Quels sont les événements ou les rencontres à l’origine de votre roman ?
♦ Comment résonne dans votre livre et en vous, « Résistance(s) ! résilience ? », le thème 2020 du FIRN ?
♦ Le roman noir suffira-t-il à sauver le monde ?

Ci-dessous mes réponses, de même que ma lecture d’un extrait de Marseille 73.

 

 

Trois questions

Lecture

Marseille, de 1973 à aujourd’hui, une histoire locale du racisme

Marseille, de 1973 à aujourd’hui, une histoire locale du racisme

Marseille, de 1973 à aujourd’hui, une histoire locale du racisme

Union Urbaine est une association montpelliéraine des cultures urbaines qui produit des documentaires (sur le futsal entre autres), des reportages, des vidéos, qui anime des entretiens et des ateliers de formation. Elle a organisé en juillet dernier une rencontre – discussion autour de Marseille 73 avec Kevin Vacher, un jeune trentenaire sociologue, membre de collectifs militants dans les quartiers populaires de Marseille, et moi, la romancière septuagénaire. Deux heures et demie de discussion dont Union Urbaine a sorti sept podcasts de dix à vingt minutes chacun.







J’ai beaucoup aimé cette rencontre, dont je choisis de sortir un thème central. Celui du rapport entre nos deux générations. La mienne s’ancre dans la guerre d’Algérie, la défaite du colonialisme français comme un moment phare du vaste mouvement de libération des peuples des années 60. Une génération qui, après bien des combats, et bien des succès, a finalement été défaite dans les années 80, avec le triomphe de Reagan et le trompe l’œil mitterrandien. Et elle n’a pas su transmettre son héritage dit Kevin Vacher : sa génération à lui n’a ni événement fondateur ni patrimoine sur lesquels s’appuyer, et cherche à tâtons. Mais peut-on transmettre quand on perd ? Peut-on transmettre quand aucun courant politique stable ne prend en charge l’héritage ?

Au cours de la discussion, nous notons à quel point la situation est différente pour l’extrême droite française. La vieille extrême droite antisémite est mise en veilleuse. Celle qui nait de la guerre d’Algérie s’ancre sur la négation de la défaite, la haine de l’ennemi arabe, l’héritage de l’OAS, et la culture de la masse des Pieds Noirs déracinés de retour d’Algérie. Le Front National est créé en 1972 sur ce patrimoine, il le fait suffisamment prospérer depuis pour parvenir à le transmettre d’une génération à l’autre.

Ce thème n’est bien sûr pas le seul que nous ayons abordé. Mais c’est celui que j’ai choisi de retenir pour présenter ce débat, parce qu’il dit fort ce qu’est Marseille 73, un récit pour faire le lien, par delà les défaites, avec les tâtonnements et les espoirs d’aujourd’hui.   

Raconter, c’est résister

Raconter, c’est résister

Raconter, c’est résister

 

Le Festival international du roman noir (FIRN) de Frontignan n’aura pas lieu cette année. Ni à la date traditionnelle (juin) ni en septembre, comme il avait été un temps envisagé. Dommage ! Frontignan est un lieu de vraies rencontres, de vraies discussions.
Mais tout n’est pas perdu. Les animateurs du festival ont demandé aux auteurs invités de leur communiquer de courtes interventions sur le thème retenu cette année : “Résistance(s) // Résilience”.
L’occasion pour moi retrouver ce texte de 2015, que j’avais écrit pour la Revue critique de fixxion française contemporaine, et que je n’avais pas publiée sur ce site.
Le voici ci-dessous.

Arte 28 minutes

Arte 28 minutes

Arte 28 minutes

J’étais invitée sur Arte, ce 16 juillet 2020, dans l’émission 28 minutes pour parler de Marseille 73.
Pour visionner l’émission intégrale, voir ici.
Ci-dessous, mon interview précédé d’un portrait réalisée par la rédaction du magazine.

 

16 balles. Nos cousins d’Amérique

16 balles. Nos cousins d’Amérique

16 balles. Nos cousins d’Amérique

La chaine Planète+ CI (Crimes et Investigations) vient de présenter mardi 7 juillet un documentaire remarquable, une enquête sur le meurtre d’un jeune adolescent noir de 17 ans par un policier blanc qui lui a tiré 16 balles dans le corps, le 20 octobre 2014 à Chicago. Le réalisateur (Rick Rowley) suit l’affaire jusqu’au procès, en septembre 2018. Et nous donne un documentaire époustouflant d’intensité, de rythme, de qualité de l’image et de l’archive. Du début à la fin du film, nous sommes tendus, accrochés, comme dans les meilleures fictions. Chapeau l’artiste. Au-delà d’une piqûre de rappel, toujours utile, sur l’intensité du racisme aux États Unis, ce documentaire m’a fait toucher du doigt, comprendre physiquement, à quel point l’ampleur de la mobilisation qui a suivi l’assassinat de George Floyd n’est pas tombée du ciel, mais est le prolongement et le résultat de dizaines de luttes acharnées après des meurtres de jeunes noirs un peu partout dans le pays.
Déroulé de l’histoire.
Le 20 octobre 2014, le jeune Laquan McDonald, 17 ans, erre dans un parking proche d’un grand magasin, un couteau à la main. Plusieurs voitures de police arrivent. De l’une d’elle, deux policiers descendent, et l’un d’eux, Jason Van Dyck, abat de 16 balles le jeune Laquan qui marche à six ou sept mètres de lui, en lui tournant le dos. A partir de là, la machine policière se met en route. L’ensemble des policiers présents sur le terrain, tout en bouclant la scène de crime, se concertent, et mettent au point un témoignage commun. Adolescent menaçant, couteau en main, Van Dyck a tiré en légitime défense. Ils prennent la précaution de vérifier le contenu d’une caméra de surveillance à la porte d’un magasin à proximité du lieu de la fusillade, et détruisent l’enregistrement de la scène. Il existe également une caméra de vidéo, fixée sur le tableau de bord d’une des voitures de police, qui a tout enregistré. Cet enregistrement n’est pas détruit, sans doute parce que ce n’est matériellement pas possible. Puis l’équipe rentre au commissariat, rend compte à sa hiérarchie des tirs, de la mort du jeune homme et lui remet l’enregistrement de la scène par la caméra du véhicule de police. La hiérarchie enregistre les témoignages, tous identiques, visionne sans doute l’enregistrement et le dépose sous séquestre. La Fraternité des policiers est alertée. Hiérarchie et Fraternité soutiennent sans faille la version de l’équipe de terrain. Dans deux maisons à proximité du parking, il y a des témoins de la fusillade. Ils sont convoqués au commissariat, entendus séparément, pendant une dizaine d’heures d’affilé, et menacés de poursuites. Ils finissent par décider de se taire. Ils n’ont rien vu. L’affaire semble bouclée, et dans les premières communications à la presse, Laquan est présenté comme un jeune délinquant, agressif, et drogué.
A ce niveau, moi, je m’arrête et je fais quelques constats. La société américaine est différente de la société française, beaucoup plus violente. L’organisation de la police et de la justice sont également différentes de l’organisation française, et nos syndicats de policiers ne sont pas des Fraternités. Mais les réactions de la police américaine et de la police française face à une bavure sont étonnamment semblables. Harmonisation de faux témoignages entre équipiers. Transformation de la victime en fauteur de troubles dangereux. Caméras malencontreusement tombées en panne ou non déclenchées chaque fois que c’est possible. Couverture syndicale et hiérarchique en béton, envers et contre tout. (N’oublions pas que dans ce cas précis, la hiérarchie et la Fraternité ont eu accès à la vidéo dès le début de l’affaire et l’ont placée sous séquestre). Témoins mis de côté d’une façon ou d’une autre. Le monde policier, d’un côté de l’Atlantique comme de l’autre, est un monde de la solidarité et de l’omerta.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, elle aurait dû s’arrêter là, elle s’est souvent arrêtée là. Elle ne s’arrête pas là. Un journaliste repère quelques trous dans l’histoire officielle. Et puis 16 balles pour abattre un petit jeune, c’est beaucoup. L’autopsie révèle des balles dans le dos et un peu partout dans le corps, y compris lorsque la victime gisait au sol. Un avocat s’intéresse au dossier. La mobilisation commence dans la communauté noire. Cette bavure mortelle n’est pas la première à Chicago, la série en est longue, mais grâce aux mobilisations répétées de « Black Lives Matter », la population est de moins en moins passive face à la violence policière. L’avocat, après de multiples démarches judiciaires, obtient communication de la vidéo que la hiérarchie avait mise sous séquestre, et la rend publique, fin 2015. Toute la ville de Chicago voit en direct un petit jeune homme, un couteau au bout d’un bras ballant, qui marche seul sur un parking, en s’éloignant d’un policier qui se tient à six ou sept mètres de lui, qui l’abat et continue à tirer sur le jeune à terre. 16 balles. A partir de ce moment, des manifestations de masse comme Chicago n’en avait jamais connu se succèdent pendant deux ans, et scandent à tous les moments importants l’affrontement entre la version policière, et les défenseurs de la victime. C’est un ouragan qui déferle sur Chicago, et je ne « divulgache » pas la fin, comme pour les meilleurs polars, mais vous verrez, tension maximum, de rebondissements en rebondissements, jusqu’à la chute, en 2018- 2019.
La mobilisation gigantesque après la mort de George Floyd n’est pas loin.
En France, les mobilisations populaires contre les violences policières commencent à mobiliser de façon bien plus forte que le gouvernement ne s’y attendait. La suite de l’histoire n’est pas encore écrite.

Arrêt sur images : racisme d’État, la construction du déni

Arrêt sur images : racisme d’État, la construction du déni

Arrêt sur images : racisme d’État, la construction du déni

J’ai participé, le 10 juillet 2020, à une émission d’Arrêt sur images, animée par Daniel Schneidermann.
J’étais invitée à l’occasion de la sortie de Marseille 73. Sur le plateau également Sarah Angèle, petite-fille d’Emmanuel Cravery Angèle, tué dans les émeutes en 1967 en Guadeloupe et Marie Bonnard, autrice du documentaire “Les ayant-droits” sur les mineurs marocains embauchés par la France dans les années 1960.
Trois affaires oubliées, enfouies, peu présentes dans les mémoires collectives. Déniées, en quelque sorte, pour construire l’oubli.
Ci-dessous, la vidéo intégrale de l’émission.