J’ai bien compris que la crise ouverte de l’entreprise Alstom a commencé il y a quatre ans, et sa mise à mort programmée remonte à au moins une dizaine d’années. Quand Alstom Energie a été définitivement vendu, tout le monde savait, et quelques-uns l’ont écrit, qu’Alstom Transport, trop petit, sous-capitalisé, était condamné. Et, pour accélérer la mort programmée, une grande partie de l’argent du rachat a été consacrée à payer le patron (Merci patron !), les actionnaires, les administrateurs. Où va aller, d’ailleurs, le «fabuleux contrat» du TGV américain ? Pas un emploi en France, parce que les Américains, eux, protègent leur marché intérieur, d’accord, mais les deux milliards dont on nous a parlé ? Investis en France ? Ce que révèle la «crise Alstom», la vraie, celle qui dure sur le long terme, c’est qu’en France, le patronat comme les hommes politiques sont incapables d’avoir une stratégie industrielle cohérente dans la durée. Tous réagissent aux désastres industriels successifs qui détruisent le tissu industriel français au coup par coup dans l’urgence et l’émotion. Un peu sur le modèle de l’interdiction du burkini comme instrument de lutte antiterroriste. Si nous regardons les quatre dernières années, ce n’est pas si loin, nous avons abandonné la maîtrise de notre filière nucléaire et des entreprises qui en dépendaient. Nous parlons sans cesse de l’importance des énergies nouvelles, mais nous avons vendu aux Américains l’éolien d’Alstom, celui d’Areva est trop petit pour survivre, il va être vendu ou disparaître. Nous nous gargarisons du couple franco-allemand, mais très souvent lorsque l’opportunité s’est présentée de renforcer de grands groupes européens basés sur une alliance franco-allemande, nous lui avons tourné le dos. En particulier, sur l’ensemble du dossier Alstom, énergie et transport. En face, la stratégie américaine s’apparente à un rouleau compresseur. Les Américains perdent toutes leurs guerres depuis 1945, mais ils gagnent tous leurs marchés. Ils ont défini leurs priorités depuis la fin des années 70, et ils les mettent en œuvre par une collaboration étroite entre patronat et Etat, appuyée sur la NSA, la CIA, l’appareil judiciaire et un très solide protectionnisme. Nous le savons, et nous regardons passer le train.En nous lamentant sur le manque de flexibilité des travailleurs et le poids des charges.
Je suis historienne de formation, et j’ai travaillé sur le patronat français au XIXe siècle. Pierre Gattaz me fait rire. Son discours de pleure-misère a déjà été écrit et récité, de façon presque identique, par ses ancêtres depuis cent cinquante ans. Bon, l’industrie, c’est fichu. Il nous reste le tourisme… Enfin, si on renonce à vouloir légiférer sur la tenue des baigneuses.