ABPFIFF























KOP a été traduit en allemand par Andrea Stephani et publié chez Ariadne (Argument Verlag). Avril 2015.

Nouvelles

Deux nouvelles ont été publiées en Italie.
Carnet rose, a fait l'objet en mars 2015 d'une e-publication sous le titre Atto di nascita, par l'éditeur Collirio Terra Ferma





















L'éditeur Sellerio m'a demandé une nouvelle sur le thème de la crise. Celle-ci, intitulée Libera concorrenza, a été publiée en avril 2015 dans le recueil La crisi in giallo





















Ces deux nouvelles sont en vente en ligne, sur les sites des éditeurs et des principaux revendeurs.

"Bien connu..." 3
















Décidément, l’actualité de la délinquance policière est riche en ce printemps. Libération du 1° avril 2015 y consacre tout un dossier, à juste titre. Sans remonter plus haut, en trois petits mois, depuis le début de l’année, 15 policiers ont été interpellés, pour des délits variés allant du trafic de drogue en bande organisée jusqu’à la violation du secret des instructions en passant par le racket.
L’affaire la plus récente est celle de la BAC de Stains (93) : cinq policiers de cette BAC sont interpellés le 23 mars, puis mis en examen le 27. Ils rançonnaient les dealers locaux et avaient leurs propres réseaux de revente de la drogue volée.
Pour moi, cette affaire est particulièrement intéressante pour ce qu’elle révèle du fonctionnement quotidien de la police « ordinaire », celle de base, dans les quartiers. Notons qu’elle est très loin d’être isolée. Affaires similaires à Saint Denis en 2005, dans les quartiers Nord de Marseille l’année dernière. Il est dit, dans la communication officielle, que les activités criminelles de cette BAC duraient depuis au moins deux ans. Et personne au commissariat de Stains n’en aurait rien vu ? Un petit commissariat, dans une petite commune ? Évidemment non. Mais tout le monde s’est tu. Pendant au moins deux ans. Solidarité entre flics. On n’approuve pas nécessairement le comportement des collègues, mais on se tait. Qui  a brisé l’omerta, qui a déclenché l’enquête ? Une toute jeune commissaire qui débarque à la tête du commissariat en 2014 et fait rapidement part de ses soupçons à la Direction Territoriale de la Sécurité, qui transmet au parquet de Bobigny. Une jeune commissaire pas encore au courant des mœurs de la maison Poulaga. Et qui va le payer cher. Elle reçoit des lettres anonymes de menaces, sa voiture est sabotée. Et finalement, c’est elle qui est mutée : elle a rompu le pacte. Mutée en Gironde. Pas sûr qu’elle y soit bien reçue. Après 2005, un jeune flic de la BAC de Saint Denis, choqué par le comportement de ses collègues proxénètes, avait accepté de témoigner contre eux à leur procès. Muté en Bretagne, pour le mettre à l’abri de menaces diverses émanant de ses collègues, il y avait été accueilli par son nouveau commissaire : « Je vous préviens, ici, on n’aime pas les balances. »
Bonne chance, Madame la commissaire.
L’histoire de la BAC de Stains (comme celle de la BAC de Marseille Nord, dont on aimerait connaître l’issue judiciaire) nous dit encore autre chose. Quand la police du quotidien agit dans un milieu qu’elle craint, qu’elle hait, qu’elle méprise, sur un territoire qu’elle considère comme un terrain conquis ou à conquérir, qu’elle se croit couverte, les dérapages criminels ne sont plus les actes isolés de brebis galeuses, mais des glissements fréquents, dans la logique du système.
Un haut gradé parlait, à propos de Stains, de « nettoyer les écuries d’Augias. » Il se prend pour Hercule, le héros demi dieu ? Les hommes, eux, ne parviennent jamais à nettoyer les écuries d’Augias. Il me semble que c’est plutôt la culture policière qu’il faut commencer à changer, par la base, un travail qui ne concerne pas seulement la police, mais toute la société.

2 avril 2015

"Bien connu..." une rubrique

L'actualité  fournit trop régulièrement des situations proches de celles que j'avais racontées dans mon roman Bien connu des services de police. Un roman que des policiers et des juges rencontrés dans divers débats avaient déclaré bien trop forcé, caricatural même.
J'ai publié il y a quelques jours un petit billet sur le procès dit du flash ball, qui s'est tenu courant mars 2015. A la fin du même mois, c'était le procès des policiers qui, à Clichy-sous-Bois, avaient regardé mourir deux jeunes dans un transformateur électrique. A chaque fois les mêmes mécanismes sont à l'oeuvre. Je vais en tenir une rubrique.

"Bien connu..." 2

Rappelons très brièvement les faits : à Clichy-sous-Bois, deux gamins de banlieue meurent électrocutés dans un transformateur électrique où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux policiers qui les poursuivaient, à l’automne 2005. Après dix ans de combat, les familles obtiennent l’ouverture d’un procès contre deux policiers, pour non assistance à personnes en danger. Le procès vient de se tenir, le jugement sera rendu en mai. Mais déjà, un éclairage violent sur la police, la justice et leurs rapports dans notre pays.
Le drame commence par un « simple » contrôle d’identité au faciès, comme il en existe des centaines chaque jour. Les policiers affirmeront ensuite qu’il s’agissait de petits voleurs de matériels de chantier pris en flagrant délit. Rien de tel, en fait. L’enquête établira que les gosses revenaient d’un entraînement de foot. Mais culture du faux témoignage oblige. Cet épisode du faux témoignage sera ensuite « oublié » au procès, semble-t-il. Les gosses, pris de panique, s’enfuient, parce que les gosses de banlieue ont une peur panique des flics, parce qu’ils n’ont jamais imaginé que la police était là pour les protéger. Et les flics les poursuivent comme de dangereux criminels, parce que force doit rester à la loi, sans blague. L’un des deux policiers mis en cause les voit escalader une grille et pénétrer dans le périmètre qui entoure un transformateur EDF, et dit à la radio de son QG : « S’ils entrent dans le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau. » Que fait il alors ? Il alerte EDF pour faire couper le courant dans l’installation ? Il prévient les pompiers ? Pas du tout. Il demande des renforts pour cerner le site, et s’assurer que les deux gamins y seront bloqués et ne pourront pas s’enfuir. Force doit rester à la loi, sans blague.
Les deux gamins meurent, sans surprise. Quand l’enquête est bouclée, et qu’il devient évident qu’après dix ans de manœuvres dilatoires, il faudra en venir au procès, le procureur demande la relaxe. L’avocat de la défense est un mauvais plaideur, d’après les récits des journaux, mais un ancien commissaire de police. Il connaît bien les rouages de la machine. Et déclare tranquillement, la veille de l’ouverture du procès, que 180 000 policiers soutiennent leurs collègues innocents et ont les yeux braqués sur le tribunal. La menace est claire, et elle pèse en ces temps de lutte antiterroriste.
Que nous dit le procureur, en demandant la relaxe ?  Il déclare, clairement, que les policiers ont rempli leur rôle. Leur rôle n’est donc pas la protection des citoyens, tous les citoyens, quelque soit la couleur de leur peau. Leur rôle est le maintien de l’ordre, y compris par la peur, surtout dans les « quartiers difficiles ». Et tant pis pour les accidents en cours de route. Que nous dit l’avocat-commissaire, en faisant pression sur le tribunal ? Que sa conception de la police est la même que celle du procureur, et qu’il faut veiller à ce qu’elle n’évolue pas.

Que nous diront les juges, en mai ? Nous verrons bien, mais contexte de lutte antiterroriste tous azimuts, effondrement de la pensée progressiste,  je ne suis pas optimiste.

Mars 2015

"Bien connu..." 1

Le jugement du procès dit « du flash-ball » est actuellement (mars 2015) en délibéré, au palais de justice de Bobigny. Rappelons rapidement de quoi il s’agit : en mars 2010, au cours d’une manifestation de lycéens, le gardien de la paix Césaire blesse grièvement d’un tir de flash-ball en pleine tête un jeune lycéen de seize ans. Il affirme ensuite, sur procès verbal et à plusieurs reprises, avoir tiré en état de légitime défense, sous une pluie de pierres. Tous les témoins contredisent sa déposition, et deux vidéos prises avec des portables, déposées au dossier, établissent qu’il n’y avait pas de jets de pierres, et que le jeune lycéen n’avait pas d’attitude agressive à l’égard du policier.
Je retrouve là exactement les mêmes ingrédients que dans les situations racontées dans mon roman Bien connu des services de police. Un roman que les policiers et les juges rencontrés dans divers débats déclarent bien trop forcé, caricatural même.
Voyons de plus près.
Tir tendu en plein visage. Césaire se défend en plaidant l’incompétence. Il ne sait pas tirer, il n’a jamais visé le visage, l’a atteint par manque de chance, il manque de formation et d’entrainement. Plus inquiétant encore, Césaire, un policier expérimenté de 41 ans au moment des faits, perd le contrôle de ses nerfs dans une situation qui ne semble présenter aucun danger imminent. Mais sa hiérarchie lui a confié une arme de service et un falsh-ball, donc il s’en sert. Ce qui ressemble beaucoup à quelques situations racontées dans Bien connu… et toujours pas rassurant.
Encore plus grave, la manifestation achevée, le calme revenu, dans une ambiance qui ne lui est pas hostile, Césaire fait de façon parfaitement consciente un faux témoignage pour se couvrir, et le renouvellera à plusieurs reprises. Là, nous ne sommes plus dans le domaine de l’incompétence, un gardien de la paix de 41 ans est en mesure de comprendre ce qu’il dit quand il parle de jets de pierres et de légitime défense. Ses faux témoignages sont délibérés. C’est d’autant plus grave qu’un policier est dépositaire de l’autorité publique, ce qui signifie qu’il bénéficie d’une « présomption de légitimité » face à un simple citoyen, et qu’en l’absence de preuves matérielles, son témoignage l’emportera toujours sur celui du citoyen.
Or, le comportement de Césaire n’est pas une malheureuse exception. Les faux témoignages, dans la police, sont monnaie courante, pour se protéger, par corporatisme, par culture professionnelle. Et parce que cette faute lourde n’est pratiquement jamais sanctionnée. Dans mon roman, je parlais de « culture du faux témoignage ».
Au procès, le procureur tonne : « Dans ce procès verbal tout est faux… Sans les vidéos, nous étions au bord de l’erreur judiciaire… ». Et réclame, pour le tir en pleine tête et le faux témoignage… un an avec sursis. Beaucoup de bruit pour pas grand’ chose. Pas cher payé, monsieur le Procureur. Le faux témoignage d’un policier moins sanctionné que celui d’un simple justiciable ?
Tant que la justice ne se décidera pas à sanctionner lourdement le faux témoignage policier, contrepartie indispensable à la « présomption de légitimité » dont il bénéficie, à le dire, à l’afficher comme une question de principe, la culture policière du faux témoignage n’évoluera pas, et vous continuerez à tomber dans l’erreur judiciaire, monsieur le Procureur, peut être plus souvent que vous ne le pensez.

Mars 2015

Or Noir Vidéo 3

Marseille 1973 / La première enquête du commissaire Daquin


Daquin, en pleine guerre des polices, enquête sur la mort d'un ancien de la French Connection, reconverti dans le transport maritime. Il découvre les tout premiers balbutiements du trading du pétrole. Journaliste : Camélia Brady. Vidéo réalisée par Rachid Youmelhana.

Or Noir Vidéo 2

Marseille 1973 / Vers le choc pétrolier

Deuxième volet de la présentation d'Or Noir. Il y est question du pétrole et des bouleversements de son marché. Journaliste : Camélia Brady. Vidéo réalisée par Rachid Youmelhana.



Or Noir Vidéo 1

Marseille 1973 / La fin de la French Connection

Cette vidéo de présentation d'Or Noir est la première d'une série de trois. J'ai été interrogée par Camélia Brady. La vidéo est réalisée par Rachid Youmelhana.


Polar pour tous


Après les attentats de janvier dernier, le choc a été profond, et nous sommes nombreux, dans beaucoup de milieux différents, à avoir ressenti la nécessité de dire non à la fracture, à la haine, à la peur, et de prendre une initiative pour contribuer à ce que, dans notre société, les citoyens, tous les citoyens, se rencontrent et dialoguent.
Entre  polardeux, nous avons signé le texte ci-dessous, et mis en place un blog, Polar pour tous. Nous appelons à faire circuler ce texte pour recueillir d’autres signatures et à multiplier les rencontres dans les établissements scolaires.

Appel

Le projet que nous définissons ici fait suite à la série d’évènements commencée avec la tuerie autour de Charlie Hebdo, puis prolongée par celle de l'Hyper Cacher, et ponctuée par le grand rassemblement du dimanche 11 janvier. Dès ce mercredi où la spontanéité nous a menés place de la République jusqu’au dimanche pendant  l’immense rassemblement où nous avons fait taire nos divergences pour une union fragile mais vitale, les réflexions et les discussions se sont multipliées, entre nous, avec d’autres, parfois vives, parfois contradictoires. Il n’en reste pas moins qu’il s’était passé quelque chose : le sentiment partagé de devoir agir pour prolonger et consolider la fraternité entrevue ces jours là, marginaliser la peur, la violence, renforcer notre vie commune en société.
Nous sommes des écrivains de polar et nous avons eu envie de prolonger ce sentiment de la façon la plus concrète possible.
Parler entre nous qui envisageons grosso modo de la même façon les problèmes de fond reste d’un intérêt limité.
Il nous paraît plus intéressant de nous confronter à d’autres réalités, d’autres pensées, comme celles qui sont apparues ici et là en milieu scolaire et qui ont été souvent pointées instantanément comme « déviantes » par certains politiques.
Nous défendons la liberté d’expression parce qu’elle est vitale pour une société démocratique. Seul un débat ouvert et tolérant permet l’évolution des pensées, opinions, croyances.
D’où l’idée d’intervenir bénévolement dans les lieux d’apprentissage que sont les établissements scolaires, collèges et lycées de préférence. Il ne s’agit bien sûr pas de venir compenser on ne sait quel déficit éducatif mais d’offrir nos compétences particulières aux enseignants et animateurs qui le souhaitent. Nous avons tous rencontré des profs épatants pendant nos interventions scolaires. Tout commencera et se fera, ou pas, avec les enseignants, s’ils pensent que nous pouvons leur apporter quelque chose d’autre.
Nos atouts :
    •    venir de l’extérieur
    •    être  des écrivains, certes, mais de polar, ce qui nous rend moins intimidants.
    •    notre curiosité et notre absence de pensée dogmatique
    •    notre goût du débat…
… et bien sûr, notre bénévolat.
On peut servir de passerelle entre le monde de l’écriture et celui de la lecture.
La fiction, et particulièrement celle du polar, naît de l’observation du réel et du pouvoir de l’imagination. On peut en partager les étapes.
La démarche de l’enquête, la connaissance qu’elle exige, les exemples de l’Histoire, la complexité des personnages, tout autant d’outils pour apprendre à se forger une opinion argumentée. Et se confronter aux croyances « complotistes » qui sont aujourd’hui largement répandues.
Selon les circonstances, rien n’empêche d’aborder le rôle de l’humour, l’importance de la laïcité comme loi protégeant les libertés de tous, la liberté d’expression et les raisons de sa limitation légale…
Tout reste ouvert et dépendra des rencontres. Et aussi de chacun d’entre nous, écrivains, dont l’approche restera évidemment particulière et individuelle.

Ce site permet à des enseignants de déposer des demandes, voire même de faire appel à tel auteur précisément. Nous répondrons selon nos disponibilités du moment et chacun aura à définir les modalités d’intervention avec l’enseignant concerné.
Après quoi, chacune de nos interventions fera l’objet d’un bref « retour d’expérience », sur le site, pour servir d’outil de réflexion collective.


Les premières signatures recueillies pour cet appel :

Patrick Bard
Didier Daeninckx
Sylvie Granotier
Jake Lamar
Michèle Lesbre
Dominique Manotti
Yann Manook
Karim Miske
Naïri Nahapetian
Patricia Osganian
Patrick Pécherot
Patrick Raynal