TRADUCTION



Lorraine Connection a été traduit en allemand. Il est publié par Argument Verlag (Ariadne Krimi). Sortie en librairie en mai 2010.

BIOGRAPHIE


© Ph.Matsas / Opale

Née à Paris en 1942, et j'y suis restée pendant tout ce temps.
1) Historienne de formation et de métier (des années d'enseignement de l'histoire économique comtemporaine en fac). L'Histoire comme méthode de pensée et de travail :
Lectures, rencontres, réflexions. Puis choix d'un sujet d'étude, formulation d'hypothèses. Puis recherches, accumulation de faits, d'indices, de traces, critique des hypothèses de départ, imagination de ce qu'ont été la vie et la mort des hommes sur les traces desquels on travaille. Puis construction d’une machine rationnelle ramassant tous les éléments de connaissance accumulés et écriture.
Une méthode parfaitement transposable à l'écriture de romans policiers ou noirs.
2) Militante, dès l’adolescence, d'abord à la fin de la guerre d'Algérie pour l'indépendance de l'Algérie, puis dans les années 60 et 70, dans différents mouvements et syndicats, dans une tonalité qu'on pourrait dire marxiste et syndicaliste révolutionnaire.
3) Romancière, sur le tard, et pas par vocation, plutôt par désespoir. L'arrivée de Mitterrand au pouvoir sonne, d'une certaine façon, comme le glas des espoirs de transformation radicale de la société. Alors, le roman noir apparaît comme la forme la plus appropriée pour raconter ce que fut l'expérience de ma génération, et ma pratique professionnelle d'historienne m'a semblé l'outil adéquat pour tenter l'expérience de l'écriture romanesque.

FESTIVALS

Avec le printemps, c’est le retour des festivals polars, les dates qui se chevauchent, la course d’un train à l’autre, bien souvent. Tous ces festivals représentent pour ceux qui les organisent comme pour ceux qui y participent un investissement en temps et en travail importants. Est ce que chacun s’y retrouve ?

Qu’attendent les auteurs ? Plusieurs choses. D’abord, sortir de l’isolement, dont on finit par souffrir quand on écrit. Rencontrer d’autres auteurs, établir des contacts avec des libraires, des bibliothécaires, des journalistes, etc… Vendre des livres. Et, surtout, rencontrer des lecteurs, pouvoir échanger avec eux, entendre quelques retours sur leur travail.

A priori, un festival n’est pas simplement l’occasion de passer un weekend entre copains, faire une bonne bouffe, et boire un (ou plusieurs) bon coup.

Je reviens du Quai du Polar, à Lyon. Un gros festival du Noir, le plus important en France, et qui fonctionne très bien. Pourquoi ?

Tout est fait pour permettre de vrais contacts entre les lecteurs et les auteurs.
  • Les auteurs, nombreux mais sans excès, une cinquantaine je crois, sont répartis dans des stands tenus par des libraires, des personnages connus des Lyonnais, dont la présence sur les stands, permet au public de trouver des repères.
  • Des débats sont organisés en simultané, tout au long du weekend, dans trois salles différentes, sur des sujets bien choisis, dirigés par des animateurs compétents. Le public est au rendez vous. Dans les trois débats auxquels j’ai participé, environ deux cents personnes.
  • Deux émissions de France Culture ont été enregistrées en public, dans le cadre du festival.

Toute cette animation fait que le public qui se promène entre les travées n’est pas perdu. Il a quelque chose à voir, quelque chose à faire. Les débats lui donnent envie de découvrir de nouveaux auteurs, lui suggèrent des choix, des rencontres. Mieux, la parole est (partiellement) libérée : les lecteurs potentiels qui composent le public ont quelque chose à dire. Les échanges entre lecteurs et auteurs en sont facilités, et de fait, ils sont nombreux, et c’est franchement réconfortant.

Autre aspect, la grande concentration d’auteurs, de journalistes, d’éditeurs etc… permet de nombreuses rencontres entre « professionnels », des frottements plus ou moins positifs, mais indispensables. Pour ma part, cette année, je sélectionne la rencontre avec Pierre Bayard, brillant auteur d’une trilogie, parmi bien d’autres ouvrages : « Qui a tué Roger Ackroyd ? », « Enquête sur Hamlet », « L’affaire du chien des Baskerville », dans laquelle il refait les enquêtes policières d’Agatha Christie, de Shakespeare, de Conan Doyle, et trouve les vrais coupables, qui ne sont jamais ceux que les auteurs avaient cru identifier. C’est fin, profond, et plein d’humour.

Bien sûr, le festival Quai du Polar est un festival « lourd », avec de gros moyens, peu reproductible. Mais il existe bien d’autres manières de créer des belles rencontres entre lecteurs et auteurs : j’en ai expérimenté beaucoup, dans toute la France. Cycles réguliers, tables rondes, rencontres décentralisées et itinérantes, lectures, confrontations avec le théâtre, la musique, le cinéma etc. Ce qu’il faudrait parvenir à éviter, c’est le festival qui mesure sa réussite au nombre d’auteurs invités, puis les abandonne derrière leurs tables chargées de livres et devant un public plus ou moins nombreux, plus ou moins perdu. Dans un de ces festivals, j’ai vu un jour un aveugle entrer, piloté par une accompagnatrice. Le couple a fait, à une allure régulière, le tour de toutes les tables chargées de livres, sans ralentir, sans s’arrêter. Lui effleurait les couvertures de la première rangée de livres, et elle psalmodiait le titre de tous les livres qu’il touchait, sans reprendre son souffle. Quand le tour complet a été fini, ils sont sortis. Ils étaient poignants. J’ai fait une bouffée d’angoisse, et suis allée prendre l’air.

BIEN VU, MONSIEUR FORD

Lu dans les toilettes d'un bon restaurant chinois de Belleville (Le Pacifique), cette autocollant plutôt stimulant :

"C'est une chance que les gens de la Nation ne comprennent pas notre système bancaire, car si tel était le cas, il y aurait une RÉVOLUTION avant demain matin"
Henry Ford

Il s'agit du Ford qui fonda les usines du même nom au début du XX° siècle.

CERCLE POLAR

A l'occasion de la sortie de Bien connu des services de police, j'ai été invitée à une discussion avec Michel Abescat, Martine Laval et Christine Ferniot.
A écouter sur la radio de Télérama, émission Le cercle polar

AUTOUR DE L'ADAPTATION AUDIOVISUELLE


9 février 2010 : journée de séminaire organisée par la Société des Gens de Lettres et le Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle, sur l’adaptation audiovisuelle des œuvres littéraires. La SGDL et le Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle publieront certainement des compte rendus des débats, dont j’indiquerai la référence, dès que je l’aurai.
D'ici là, quelques remarques.

Il y avait beaucoup de monde à l’Hôtel de Massa, siège de la SGDL. Je dirais près de 200 personnes, dont beaucoup d’étudiants en fin d’études au CEEA. Et pas mal de professionnels.
Une tonalité irénique dans les interventions. « Le langage audiovisuel a sa logique "artistique" propre. On passe d’un mode d’expression à un autre, on adapte une œuvre littéraire parce qu’on l’aime, c’est une rencontre, on se sent en phase avec, feeling, ne pas dénaturer, trahir etc… » Personne ne parle d’industrie, d’investissement, de rentabilité… Toutes les références sont françaises, plus télévisuelles que cinématographiques. J’en suis surprise.

Pour moi, un auteur, lorsqu’il publie un livre, cesse d’en être le propriétaire. Chacun est libre de le lire à sa façon, de l’interpréter comme il l’entend, et un réalisateur de cinéma qui adapte un livre fait à son tour œuvre créatrice originale.

Le livre, lui, demeure, inchangé. Prêt à de nouvelles lectures, et de nouvelles interprétations.

J’ai eu le sentiment d’être assez isolée sur cette position. Sujet dont nous reparlerons certainement dans les mois qui viennent.

FICTION ET HISTOIRE

J’ai été invitée à participer à l’émission de télévision Des mots de minuit de Philippe Lefait. Elle devrait être diffusée dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 février, à 0H35, sur France 2.

L’enregistrement a eu lieu le mercredi 3 février dans la soirée. Une soirée merveilleuse, parce qu’elle a été pour moi l’occasion de rencontrer Claude Parent, l’architecte. Une vraie rencontre, avec échanges et complicité spontanée. Et rendez vous a été pris pour prolonger ce moment de grâce : le lundi 8 mars, à 19 heures, à la Cité de l’architecture, nous ferons une conférence commune sur la ville, un architecte, un écrivain, que du bonheur en perspective.

Autre moment de plaisir, les questions précises, documentées de Philippe Lefait m’ont amenée à préciser la façon dont je voyais les rapports entre Histoire et fiction un thème qui revient très souvent dans les rencontres avec les lecteurs, sous la forme : Pourquoi êtes vous passée de l’Histoire à la fiction ?

Réponse : Parce que j’ai la conviction que le roman est bien plus puissant que l’essai historique.
Si l’essai historique fait appel à la preuve, au fait établi, et à la raison, le roman, lui, attrape le lecteur, le fait vivre avec les personnages, dans l’émotion et la sensation. C’est une expérience qui laisse au lecteur des traces autrement plus fortes.

Dans mon travail, j’utilise très largement les études historiques. Quand j’ai choisi le sujet de mon roman, le « moment » auquel se déroule l’histoire, je commence toujours par lire des travaux d’historiens, des journaux de l’époque, des témoignages divers. Puis je construis le « cadre historique » de mon récit. Je choisis les faits historiques que je conserve, ceux que j’élimine, mais sans jamais trafiquer ceux que je garde. Il m’arrive de garder des personnages qui ont réellement existé, Mitterrand dans plusieurs de mes romans, Lafond dans Le Corps Noir, d’autres encore, mais toujours comme des personnages très secondaires, la couleur locale en quelque sorte, et ils ont toujours dit ou fait ce que je leur fais dire ou faire. Scrupules d’historienne, on ne se refait pas. Une fois ce cadre construit « à ma main », je passe à la fiction, j’invente totalement mes personnages. Je travaille, là encore, sur une masse de documents, de témoignages, de rencontres, mais en toute liberté, aux antipodes d’un roman à clés. Je sélectionne, je coupe, je condense, je recrée, je déplace, j’invente, tous les moyens de l’écriture romanesque, pour faire plus vrai que vrai, pour embarquer le lecteur, tenter de le toucher au cœur et à l’estomac, de le faire vivre lui même, à la première personne, ce qui se passe dans le livre. Et le faire vivre dans les lieux de l’action, pour faire écho à la discussion avec Claude Parent.

L’écriture romanesque est un lieu de liberté. Bien d’autres démarches sont possibles. Ce qui me semble important, c’est la maîtrise qu’en a l’auteur.