Villa Médicis













Une soirée littéraire « Polar » a eu lieu à la Villa Médicis, le 26 novembre 2014. Première entrée du « Noir » dans ces murs très académiques. Présentation et animation de Philippe Vasset, écrivain résident qui avait pris l’initiative de cette rencontre - dialogue entre Giancarlo De Cataldo et Manotti. Ce fut pour moi une belle soirée. Pour trois raisons:
Le cadre, d’abord. Ce doit être ma formation d’historienne, mais je ne peux pas m’empêcher d’être impressionnée à l’idée de passer quelques jours et de débattre dans cette Villa qui, pour mille et une raisons, a compté dans la fabrication de ma culture, depuis la Renaissance.
La rencontre avec De Cataldo ensuite. Entre nous, le dialogue a un sens, nous parlons de la même société, nos approches sont parallèles. Le polar français et le polar italien ont beaucoup de points de convergence. Nous avons tous à gagner à ces rencontres.
Le public, enfin. Il y avait dans la salle des amateurs de littérature, bien sûr, mais aussi, et c’est plus rare, des résidents à la Villa, peintres, musiciens, architectes, qui disaient très peu fréquenter les rencontres littéraires, et une discussion s’est amorcée sur la proximité du processus de production d’œuvres dans ces différentes disciplines, sur les possibles influences réciproques. Je ne sais pas s’il y aura des prolongements, mais pour moi, c’était nouveau et passionnant.
La Villa reçoit depuis peu des pensionnaires de toutes nationalités, à la seule condition qu’ils parlent français. Un îlot de résistance à l’esprit de fermeture identitaire. C’est bon pour le moral.

Ecrire pour comprendre




















Les responsables de la revue allemande Das Argument m'ont demandé de réagir sur le thème de leur numéro : « Pratiques critiques esthétiques », et cela m'a plongée dans un abîme de perplexité. Je n’ai aucune formation philosophique, ni même littéraire au sens strict, et je me sens incapable de disserter sur ce sujet. Pour m’en sortir, j'ai décidé de m’en remettre à ma formation d’historienne, en tentant d’analyser comment, à travers quels évènements, quelles rencontres, quels combats et quelles défaites, j’ai fini par devenir une romancière, ce qui peut constituer une sorte de réponse à leur question.
Ce texte a été publié dans le numéro 309 de la revue.
Vous pouvez en lire la version française en cliquant ICI.


 Das Argument est publié par ma maison d’édition allemande Argument Verlag

Festival du livre d'Edimbourg

Le Festival International du Livre d’Edimbourg s’achève ce dimanche 24 août 2014. Pour ma part, j’y ai participé toute la journée du vendredi 22 août, entre lecture et table ronde. Ce festival du livre  se tient pendant le Festival d’Edimbourg qui, pendant pratiquement tout le mois d’août, concentre dans la ville des milliers de manifestations culturelles, théâtre, opéra, danse, musiques de toutes sortes, rencontres et conférences. Pendant toute sa durée, la ville est en ébullition. On joue, on danse, on chante dans les théâtres, dans les pubs, les restaurants, dans les rues. L’an dernier, le festival « Fringe »(d’avant garde), a compté 2 871 spectacles différents, au rythme de plus de 200 représentations chaque soir. Au fl des années, ce festival est devenu le plus important du monde.

Le livre a su s’intégrer dans cette atmosphère extraordinaire, et ce n’était pas donné d’avance, je crois même que c’est un cas assez unique. Toutes les manifestations du livre sont regroupées sur une très grande place du centre ville, autour d’un jardin ouvert au public, bar, chaises longues et aire de jeu pour les enfants. Sous les tentes tout autour se tiennent une trentaine d’évènements par jour, lectures tables rondes et autres, tous très fréquentés, par un public attentif. Beaucoup d’étudiants, beaucoup de va et vient.

En trois semaines, sept cent trente auteurs y sont passés, avec bonheur. Evidemment, une lourde prééminence du monde anglo-saxon. Chacun définit l’international à sa mesure.  Et la prééminence anglo-saxonne est une réalité. Longue vie au Festival du Livre d’Edimbourg. 

Madoffs Traum





 Le rêve de Madoff a été traduit en allemand par Iris Konopik et publié chez Ariadne (Argument Verlag). Août 2014.

Escape






















L'évasion  a été traduit en anglais par Amanda Hopkinson et Ros Schwarz et publié chez Arcadia Books. (juillet 2014)

Enfin, le crime paie

Ainsi, Eurostat recommande aux Etats européens d’intégrer dans leur PIB l’argent de la prostitution, de la drogue etc… Le problème n’est déjà plus : va-t-on le faire ? Mais : comment le faire ? Eurostat a déjà rédigé tout un protocole pour ceux qui ne sauraient pas s’y prendre. Voir le texte ici (Cela vaut vraiment la lecture).
Cette intégration du crime permettrait de doper la croissance, paraît-il, au moins en apparence. L’Italie le fait déjà, l’Angleterre aussi, et chez nous, quelques hommes politiques très bien pensants et UMP soutiennent la mesure, mais qu’on se rassure, ils continuent à prôner l’emprisonnement des petits dealers et consommateurs de drogues diverses. Peut être ne rapportent ils pas assez ?
Je dois dire que, malgré tout ce que j’ai écrit sur le crime comme rouage de la machine de l’ordre social, et non comme aberration exogène, je ne m’attendais pas à une légitimation aussi ouverte et aussi rapide des grandes machines criminelles.
Au même moment, l’amende infligée à la BNP par la justice américaine est l’application stricte de la loi du plus fort, la loi de l’Ouest, le revolver sur la tempe.
J’adore les commentateurs français qui parlent de l’indépendance de la justice américaine. Les juges de New York sont élus. Les élections approchent. Les banques depuis la crise des subprimes sont mal vues des Américains, et n’ont pas été sanctionnées. Sanctionner une banque sera populaire, et si elle est étrangère, ce sera tout bénéfice : 10 milliards de dollars de profit pour l’économie américaine et l’élimination d’un concurrent étranger bien implanté en Iran au moment où le gouvernement américain s’apprête à lever l’embargo sur ce pays. Une décision prise en toute indépendance, évidemment.
Une seule conclusion : si je veux rester dans le coup, il va falloir sacrément muscler mes romans. Je risque d’avoir quelque retard sur Eurostat et les juges de New York.

CrimeFest à Bristol

En cette mi-mai 2014, j’ai participé à Bristol au CrimeFest, une manifestation très « british ». Pas du tout un festival comme nous en connaissons en France, mais une convention, dans un grand hôtel, avec dîner de gala, robes de soirée et costumes sombres, essentiellement fréquentée par des « professionnels » du roman criminel, auteurs, éditeurs, critiques, universitaires. Tables rondes, rencontres multiples, cette convention est organisée tous les ans par la Crime Writers Association, la même association qui décerne chaque année les Daggers Awards, les prix littéraires les plus prisés pour ce genre littéraire. Surprise de mesurer la puissance de ce mouvement associatif sans commune mesure avec ce qui existe en France, et surprise de découvrir à quel point le monde anglo-saxon reste refermé sur lui même.  J’ai participé à une table ronde Euro Polar (voir ce compte rendu par une universitaire anglaise). Trois Scandinaves, moi, et des Anglais. La Grèce était représentée par un auteur anglais, résident en Grèce et écrivant sur la Grèce. Comme si Dona Leon représentait le Noir italien. Parmi les nombreuses questions venant de la salle, l’une d’entre elles était dans le même registre : qu’est ce que je pense des auteurs anglais qui font des polars qui se passent en France ? Pour atténuer le choc de la différence des cultures, la médiation par un Anglo-Saxon semblait encore très importante pour les participants à cette table ronde.
Nous avons encore fort à faire dans le domaine du dialogue entre les cultures.
Je suis contente d’être allée respirer l’air de Bristol, et merci à mon éditeur anglais qui m’a permis de le faire. Je renouvellerai l’expérience autant que je le pourrai.

Soirée agitée au 36

L’épisode du viol présumé d’une touriste canadienne au 36 quai des Orfèvres par un capitaine et un major de la BRI fait beaucoup de bruit. L’émotion est proportionnelle au prestige des « grands flics » du 36. Si le viol fait l’objet de l’enquête, la beuverie qui l’a précédé, dans un pub d’abord, puis dans les locaux du 36, est avérée.
Le 12 avril 2014, quinze jours avant les faits, je participais à un débat avec le juge Fernand Kato sur le thème « crimes et erreurs judiciaires » dans le cadre du festival de littérature noire de Mulhouse. Je parlais de mon roman « Bien connu des services de police ». Dans le cours du débat, j’évoque ce qui, à mes yeux, est un des traits les plus marquants de la culture policière, la pratique du faux témoignage par les policiers lorsque l’un des leurs est impliqué. Mon interlocuteur proteste avec vigueur. Il n’a jamais été confronté à de telles pratiques, dit il. Un peu plus tard, j’évoque l’alcoolisme, l’usage abusif de l’alcool, dont les causes sont multiples mais les effets ravageurs. Nouvelle protestation. Peut être avant 2003, soutient mon interlocuteur, mais depuis le problème est réglé, plus d’alcool dans la police.
Dans l’épisode actuel, nous avons les deux, et dans un des corps les plus prestigieux de notre police, un des corps où la qualité des hommes et la force et la présence de de la hiérarchie sont avérées.
Je ne sais pas ce que pense le juge Kato aujourd’hui. Pour ma part, j’espère que le caractère hors norme de ce fait divers fera avancer la réflexion. Le corporatisme puissant dans la police sur lequel fleurit la culture du faux témoignage est une tare dans un régime démocratique. Une tare entretenue, encouragée par tous ceux dont la mission est d’encadrer, contrôler une police démocratique, les supérieurs, les juges, les institutions. Sans parler du ministre lui même qui accepte ou revendique de se faire appeler « le premier flic de France ». Il agit au nom des citoyens, pour les citoyens, pas au nom des flics pour les flics.
La critique n’est pas facile à entendre. Pour ma part, chaque fois que j’ai eu à discuter de « Bien connu… » en public avec des responsables policiers, ils considéraient ce roman comme une caricature inutile. Sauf une fois, en Allemagne, à Bonn, un débat à l’initiative de la police allemande.
On peut aussi ajouter que le corporatisme policier n’est pas une exception. Corporatisme enseignant, des médecins, des avocats, des taxis, le corporatisme semble bien être un principe d’organisation de notre société.

Ausbruch

L'Evasion vient d'être traduit en allemand et publié aux éditions Ariadne-Krimi.

La robe rouge

Librairie Eureka Street, à Caen, le 27 mars 2014.
Une soirée de rencontres chaleureuse, de ces moments où on a le temps de parler, de questionner, de creuser. La discussion glisse vers les personnages féminins. Je constate que j’ai eu du mal à les faire vivre, dans mon premier roman, Sombre Sentier, et peut être dans les suivants. Pour des raisons que je m’explique mal.
Une lectrice me dit qu’elle garde le souvenir de la robe rouge d’Anna Beric. J’en suis émue. Cette robe rouge, je l’ai croisée dans une vitrine à Venise, elle m’a touchée, elle a provoqué une émotion inexplicable. Des années après, cette émotion passe dans un roman, une lectrice la ressent et la garde en mémoire des années après. C’est le bonheur d’écrire, c’est le bonheur de vous rencontrer, merci Madame.