Racket (suite)

21 mai 2020brève

Mediapart nous le dit. En prenant prétexte du Covid 19, et donc du ralentissement de la production à Belfort, General Electric (GE), la grande entreprise américaine qui a racketté Alstom Energie en 2014 – 2015, achève de démanteler le cœur de l’entreprise, l’usine de Belfort. L’ingénierie est déjà en voie de délocalisation en Hongrie. Et maintenant c’est la branche de maintenance et de réparation des turbines vendues et installées dans le monde, la branche de haute technicité la plus rentable et la plus sûre de l’entreprise parce que la clientèle est captive, donc non soumise aux aléas de la conjoncture, qui va être délocalisée aux Etats Unis et en Arabie Saoudite. J’ai un peu tendance à penser que l’apparition de l’Arabie Saoudite dans ce mécano n’est là que pour faire un pied de nez à la France, mais nous verrons, peut-être est-ce un élément de géostratégie de Trump. GE est étroitement liée au gouvernement américain, et elle n’a jamais eu à s’en plaindre.  De toutes façons, cette délocalisation signe la mort de l’industrie à Belfort. Les syndicats unanimes le disent : « Si cette délocalisation se fait, la pérennité du site n’est plus garantie, car nous n’aurons pas la taille critique suffisante ».

Le désastre annoncé provoque une réaction de rage et d’impuissance. Certes, en 2019, GE s’était engagé à maintenir l’activité industrielle à Belfort. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Surtout quand il s’agit d’entreprises américaines. Parce que, America first, le gouvernement américain utilise l’économie comme arme de guerre et dicte sa politique au monde. Aux alliés européens comme au reste du monde. Que va faire Macron, lui qui a appuyé lourdement le racket de GE sur Alstom sous la présidence Hollande ? Lui qui n’a jamais su s’opposer à Trump dans les faits, au-delà de quelques belles phrases.  Lutter contre la désindustrialisation en France en relocalisant la fabrication des masques et en bradant la fabrication des turbines, un outil indispensable dans une politique de l’énergie, ce sont des choix qui risquent de ne pas être compris par grand monde, et de grever définitivement le potentiel économique français, et par contre coup européen.

Que faire ? Les Lip ont pu, dans les années 70, occuper leur usine, s’approprier les outils de production, produire et vendre des montres, mais reconnaissons que ce qui était faisable avec des montres ne l’est pas avec des turbines. Le marché n’est pas le même. Alors ? On laisse faire, Monsieur le Président ?

Au lecteur un peu perdu : Si vous voulez tout savoir sur le rachat d’Alstom par Général Electric lisez Racket.