La guerre est une ruse, prix du noir historique 2019

15 octobre 2019brève

Aux Rendez-vous de l’Histoire, à Blois (10 au 13 octobre 2019) a été décerné le deuxième « Prix du Noir Historique ». Cette année, le prix a été attribué à La guerre est une ruse de Frédéric Paulin, publié chez Agullo.

Je préside ce jury, et j’en suis très flattée. Cette remise des prix a été l’occasion de chercher à définir un peu plus précisément ce que peut bien être le roman noir historique. Parce que, sous cette dénomination, cohabitent deux démarches qui ne sont pas les mêmes.

La démarche de l’historien est faite de rigueur, d’attachement aux sources et à la critique des sources. Certains historiens peuvent adopter « le regard du noir », partir, pour étudier une société, du crime et des organisations criminelles conçues comme structurantes, comme par exemple l’Histoire Criminelle des États-Unis de Browning et Gerassi qui donne à voir et à comprendre une Amérique dans laquelle les mafias jouent un rôle majeur. Ils sont probablement influencés dans leur regard par la montée du roman noir au 20° siècle, mais ils restent dans leur démarche de purs historiens. Je rêve parfois d’historiens français qui se lanceraient dans une histoire de la France de la période coloniale en partant du lien entre colonisation et entreprises criminelles.

Mais le « roman noir historique » est une œuvre de romancier, pas d’historien, le roman est le domaine de l’imaginaire, il raconte un monde imaginaire dans lequel le lecteur vit pendant tout le temps de sa lecture, et parfois bien au delà, si le roman est puissant. Nous avons tous dans notre mémoire un, deux, quelques romans qui nous ont laissé des traces durables, et que nous réinventons sans cesse au fil du temps. Et donc, pour les membres du jury du « prix du noir historique », dans chaque roman que nous lisons et dont nous débattons, nous cherchons à la fois l’imaginaire romanesque et l’appui fort sur le « réel historique ». Le jury, qui est nourri d’Histoire et d’historiens, se garde bien de toute généralité ou abstraction, mais avance dans les débats roman par roman, un pas après l’autre.

Et cette année, il a eu le plaisir d’accorder le prix à ce roman de Frédéric Paulin car il a aimé l’ampleur du sujet abordé, la décennie noire en Algérie, et les très complexes relations entre le pouvoir algérien, les groupes terroristes islamiques et les services secrets français, une histoire qui nous parle aussi de nous. Il traite son sujet, il invente ses personnages avec le souci constant de le situer dans un cadre historique précis et crédible. Un roman qu’on dévore, écrit avec un style qui colle à l’histoire qu’il raconte, précis, clair, rapide. Haletant et poignant.

Un beau lauréat.