Bonn. Débat avec la police

Un membre du directoire de la police de Bonn chargé de la culture m’avait invitée à venir parler de Bien Connu des Services de Police dans le cadre d’un cycle de conférences sur le polar. Je ne savais pas du tout en quoi cela pouvait consister, mais j’ai accepté immédiatement. J’étais curieuse. La conférence a lieu le 4 décembre 2013 au siège de la préfecture de police de Bonn. L’animateur de la rencontre, responsable de la PJ de Bonn, vient nous chercher à l’hôtel, mon éditrice allemande et interprète et moi. Il est sympa et décontracté. A la préfecture, l’accueil est chaleureux. Non, l’invitation n’est pas une erreur, oui les responsables policiers ont lu « Bien connu… ». Iris et moi nous installons à la tribune, devant une grande salle vide de 230 sièges, vaguement inquiètes. Les portes s’ouvrent, et la salle se remplit instantanément. Pas un siège de vide. Quel public ? Des policiers, en nombre, et des citoyens de la ville qui viennent régulièrement à ces rencontres. Dans cette salle, à ce moment là, la police n’est pas un univers clos, replié sur lui même, et qui sélectionne avec soin des intervenants acquis d’avance à sa cause. Ce n’est peut être pas tout, mais ce n’est pas rien, si l’on veut avancer en direction d’une police ouverte sur la société toute entière. Je passe sur l’organisation de la conférence, impeccable, « allemande » dirait un bon Français. Ouverture en musique par un orchestre de policiers, du jazz, parce qu’il y en a dans mes livres me dit le responsable de la culture, puis deux heures et demie de débat et lecture, avec une pause musique et une pause café-soupe. Après une présentation rapide, nous passons à la lecture d’une longue scène dans laquelle, à partir du vol hypothétique d’un téléphone portable, dans une confusion complète, deux équipes de policiers en intervention se canardent au lance-grenade, bilan 8 blessés dans les forces de police. La discussion s’engage immédiatement avec la salle. Les sources ? Rapport à la réalité ? Toute une série de questions que je rencontre dans la plupart des débats auxquels je participe sur ce roman. Un public franchement intéressé, et pas agressif. Après les premières questions, en viennent d’autres : si la situation est si difficile entre police et population dans les « banlieues », pourquoi, quelles sont les causes du malaise, qu’est ce que ce malaise dit de la société française toute entière ? Un vrai débat. Une seule question n’a pas eu de réponse, celle que l’animateur lui même a adressé à un policier de la Sécurité Publique de Bonn : Des scènes comme celles qui émaillent « Bien Connu… » se produisent elles aussi à Bonn ? Le policier ne répond pas. Il évoque la difficulté à exercer son métier. Certes… Donc, même avec des trous d’air, un vrai débat sur le fonctionnement de la police, avec des écrivains qui peuvent être critiques, des citoyens, dans le cadre d’une préfecture de police, avec des policiers en exercice, est possible. Et contribue à détendre l’atmosphère de part et d’autre. En Allemagne. Pas en France. Au moment où sort l’enquête Polis-autorité, dans laquelle deux chercheurs mettent en lumière l’ampleur du divorce entre la police et la population. Après bien d’autres signaux d’alarme dont on n’a pas voulu tenir compte, il serait grand temps de s’attaquer au problème.