Noire Mostra


Retour de la Mostra de Venise, ce 9 septembre 2013. Une dizaine de jours éprouvants. La tonalité générale des films est noire, très noire. Violences et morts à tous les étages. M’ont particulièrement marquée :
. Philomena de Stephen Frears, qui reprend l’histoire des Magdalena, ces jeunes filles-mères irlandaises enfermées dans des couvents qui leur volent leurs enfants pour les vendre à de riches Américains. Frears traite cette histoire avec une justesse de ton et un économie discrète dans la description des classes sociales que seuls les Anglais maîtrisent.
. Miss Violence, d’un metteur en scène grec, Alexandros Avranas, qui nous introduit dans une famille où l’homme règne en maître sur trois générations de femmes et de filles. Il dévoile peu à peu, par petites touches inquiétantes, une porte fermée à clé, des silences, des regards, des maladies à répétition, l’inceste et la prostitution des filles par le paterfamilias, dans un univers parfaitement ordinaire. Impressionnant. Un film peu spectaculaire, mais dont on se souvient longtemps.
Même les histoires d’amour, à la Mostra, n’avaient d’autres issues que la fuite ou la mort, comme dans le très beau Tom à la ferme de Dolan.
Alors, pourquoi ? Lubie des sélectionneurs ? Je ne crois pas. Le cinéma actuel, mis à part les petits films bien gentils et ceux de superhéros, nous donnent à voir notre impuissance à penser un projet positif, une utopie mobilisatrice. Il ne reste plus qu’à raconter le monde comme il va. Raconter, c’est résister. Et, à la Mostra, plusieurs cinéastes l’ont fait très bien. Le film noir n’est plus un film de genre, c’est le grand courant du cinéma contemporain. Comme la littérature noire est celle du 21° siècle.

Nota bene
Ne pas oublier Les Terrasses de Merzak Allouach. Alger vue de ses terrasses, bien loin de celle d’Ettore Scola. Violence familiale, violence religieuse, meurtres, comme dans toute la Mostra, mais avec une distance et une touche d’humour à la Fellag. Un film noir mais dont l’existence donne des raisons d’espérer.