FICTION ET HISTOIRE

J’ai été invitée à participer à l’émission de télévision Des mots de minuit de Philippe Lefait. Elle devrait être diffusée dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 février, à 0H35, sur France 2.

L’enregistrement a eu lieu le mercredi 3 février dans la soirée. Une soirée merveilleuse, parce qu’elle a été pour moi l’occasion de rencontrer Claude Parent, l’architecte. Une vraie rencontre, avec échanges et complicité spontanée. Et rendez vous a été pris pour prolonger ce moment de grâce : le lundi 8 mars, à 19 heures, à la Cité de l’architecture, nous ferons une conférence commune sur la ville, un architecte, un écrivain, que du bonheur en perspective.

Autre moment de plaisir, les questions précises, documentées de Philippe Lefait m’ont amenée à préciser la façon dont je voyais les rapports entre Histoire et fiction un thème qui revient très souvent dans les rencontres avec les lecteurs, sous la forme : Pourquoi êtes vous passée de l’Histoire à la fiction ?

Réponse : Parce que j’ai la conviction que le roman est bien plus puissant que l’essai historique.
Si l’essai historique fait appel à la preuve, au fait établi, et à la raison, le roman, lui, attrape le lecteur, le fait vivre avec les personnages, dans l’émotion et la sensation. C’est une expérience qui laisse au lecteur des traces autrement plus fortes.

Dans mon travail, j’utilise très largement les études historiques. Quand j’ai choisi le sujet de mon roman, le « moment » auquel se déroule l’histoire, je commence toujours par lire des travaux d’historiens, des journaux de l’époque, des témoignages divers. Puis je construis le « cadre historique » de mon récit. Je choisis les faits historiques que je conserve, ceux que j’élimine, mais sans jamais trafiquer ceux que je garde. Il m’arrive de garder des personnages qui ont réellement existé, Mitterrand dans plusieurs de mes romans, Lafond dans Le Corps Noir, d’autres encore, mais toujours comme des personnages très secondaires, la couleur locale en quelque sorte, et ils ont toujours dit ou fait ce que je leur fais dire ou faire. Scrupules d’historienne, on ne se refait pas. Une fois ce cadre construit « à ma main », je passe à la fiction, j’invente totalement mes personnages. Je travaille, là encore, sur une masse de documents, de témoignages, de rencontres, mais en toute liberté, aux antipodes d’un roman à clés. Je sélectionne, je coupe, je condense, je recrée, je déplace, j’invente, tous les moyens de l’écriture romanesque, pour faire plus vrai que vrai, pour embarquer le lecteur, tenter de le toucher au cœur et à l’estomac, de le faire vivre lui même, à la première personne, ce qui se passe dans le livre. Et le faire vivre dans les lieux de l’action, pour faire écho à la discussion avec Claude Parent.

L’écriture romanesque est un lieu de liberté. Bien d’autres démarches sont possibles. Ce qui me semble important, c’est la maîtrise qu’en a l’auteur.