Vous avez dit extraterritorialité ?

Les Américains peaufinent, ajustent, étoffent depuis maintenant une quarantaine d’années leur conception d’extraterritorialité de leur droit et de leurs lois. Ils en ont fait leur outil majeur pour imposer leur domination économique sur le monde occidental. Les Français et l’ensemble des Européens ont pratiqué la politique de l’autruche, et ont laissé faire. Il a fallu le coup de tonnerre du retrait américain du traité international de 2015 avec l’Iran, et l’interdiction faite à l’Europe de continuer à commercer avec lui annoncée en grand pompe par Trump pour qu’un débat public sur cette pratique américaine s’ouvre enfin en France. Débat assez confus, les journalistes on très souvent été pris de court, et n’en savaient guère plus que le grand public.
Et pourtant, il y avait déjà eu des coups de semonce. Pour ne prendre que deux exemples (il y en a eu beaucoup d’autres), la BNP a été condamnée par l’administration américaine à une amende de près de 10 milliards pour avoir commercé avec un certain nombre de pays sans lui en avoir demandé l’autorisation. La banque a payé, les comptes publics français ont accusé le coup, le gouvernement français s’est tu. Tant qu’il pouvait continuer à disserter sur la grandeur de la France et sur son rôle international…
À peu près à la même époque, rachat d’Alstom, une entreprise française, par GE, une entreprise américaine, entre 2013 et 2015. J’ai raconté ce rachat dans mon dernier roman, Racket. Comprendre ce que signifie « extraterritorialité » comme si vous y étiez. La justice et l’entreprise américaine collaborent étroitement pour fragiliser l’entreprise à coups d’amendes et de sanctions. Les cadres sont menacés, soumis à des chantages, corrompus, tout est mis en œuvre, et à la fin, c’est l’Amérique qui gagne…
Ça fait froid dans le dos me disent mes lecteurs. En fait, le roman essaye de faire vivre « en direct » l’opération pendant qu’elle se déroule, comme elle se déroule. Pour comprendre en quoi consiste l’extraterritorialité américaine, il n’est peut-être pas besoin de longues explications ou de savantes théories juridiques. Il est plus stimulant de lire un roman.