Décembre 2007, les fêtes ne seront pas joyeuses.
A Villiers le Bel, à la suite des deux nuits “d’émeute”, la police a distribué dans les boîtes à lettres des habitants un tract appelant à la délation des “émeutiers”, des “voyous”, sous la garantie de l’anonymat, et avec de l’argent à la clé, si la délation s’avérait efficace.

Un fait brut bouleversant. De glissements en glissements, d’outrages multipliés en contrôles d’identité généralisés, de rafles au faciès en peines planchers automatiques, nous en arrivons à la délation anonyme rémunérée. Et nous franchissons un seuil, et nous basculons dans l’Etat policier. Un Etat policier démocratique, puisque nous votons de temps en temps, ce qui semble aujourd’hui le seul contenu donné à ce terme. Et ce basculement s’opère dans un silence assourdissant. Ou plutôt, dans un consensus largement majoritaire. Effondrée devant ma télé, j’entends Ségolène Royal se déclarer surprise, mais pas hostile... Et Plantu, dessinateur satirique au Monde, journal dit de gauche (mais comme on le sait, “la différence entre la presse de droite et la presse de gauche, c’est que la presse de droite est vraiment à droite”) s’affirmer tout à fait d’accord avec cette mesure, et espérer que les socialistes ne vont pas se risquer à la critiquer au nom d’on ne sait quelle utopie libertaire.

Comment en sommes nous arrivés là?

Anesthésiés par la comédie du clown Sarko. Après Sarko-Fouquet’s, Sarko-yacht, Sarko-USA, Sarko-Cecilia, voici Sarko-Bruni et Sarko-chanoine de Saint Jean de Latran à Rome. Toujours plus fort. Un chanoine fasciné par le fric, le pouvoir, les mondains et le cul, formidable. Comme un petit parfum de Borgia, ça nous rajeunit.

Rassurés par une police qui veille sur nous, assure notre sécurité au milieu des dangers. Et pourtant, les grands professionnels qui en assurent la direction (on m’affirme de tous côtés que ce sont de grands professionnels, reconnus par tous, je veux bien le croire) doivent bien se rendre compte que s’ils en sont réduits à la délation anonyme et rémunérée, c’est un incroyable aveu d’échec. Cela signifie que leur police a perdu tout contact avec une grande partie de la population, et fonctionne comme une police d’occupation dans son propre pays, à la recherche de collabos. Bonjour l’efficacité.

Assommés, enfin, par le culte du consensus mou, nous ne savons plus dire non. Un minuscule exemple: Journée du livre à la mairie du 17°, les organisateurs invitent Eric Halphen, le juge Halphen, qui doit participer à une table ronde. Au moment d’envoyer les programmes, la maire du 17°, Françoise de Panafieu, passe vérifier les listes. Et raye Halphen. Ca murmure dans les coulisses, mais pas une protestation à haute voix. L’an prochain, la maire composera
elle même la liste des auteurs invités, ça ira plus vite.
Nous ne savons plus dire non. Nous avons perdu le sens même du mot liberté. Liberté, nous ne savons plus écrire ton nom.