Décembre 2006. Police, bavures, une préoccupation récurrente, pas seulement pour les auteurs de polars, conscience professionnelle oblige, mais pour tous les citoyens. Jeudi 23 novembre, comme de nombreux journalistes, et le commité de Saint Denis pour les droits, la justice et la liberté, j'ai assisté au procès que quatre citoyens de Saint Denis (93) intentaient à trois policiers du commissariat de Saint Denis pour violences. La presse a rendu compte de ce procès, mais sans insister sur ce qui en constitue, pour moi, l'aspect le plus inquiétant: la profonde incompétence des policiers, du haut en bas de la hiérarchie.
Rappel rapide des faits: quatre policiers en tenue (entre 21 et 24 ans, un titulaire, un stagiaire et deux ADS, c'est à dire deux emplois jeunes, on est en Seine Saint Denis, les premiers venus feront l'affaire) patrouillent entre 18 et 19 heures pour "sécuriser (sic) la sortie des magasins". Une femme vient les voir: Je me suis fait voler mon portable, par un jeune, de type maghrébin, en survêtement, il est parti par là. Et elle indique la direction de la dalle où se retrouve habituellement la jeunesse des immeubles avoisinants. Aucun des policiers n'enregistre le nom et l'adresse de la plaignante, ni ne se soucie de lui demander de rester quelques instants pour les aider à identifier éventuellement le voleur. Sans doute convaincus par la précision du signalement, les quatre policiers se ruent sur la dalle indiquée, deux d'entre eux interpellent le premier jeune de type maghrébin en survêtement qui leur tombe sous la main, et entreprennent une palpation vigoureuse, tandis qu'un autre policier proteste que ça ne doit pas être le voleur, qui, d'après l'inconnue, courait dans une autre direction. Le jeune se sent agressé, et proteste bruyamment. Il sera plus tard mis totalement hors de cause. Je passe rapidement. La population des immeubles, alertée par les cris, se met aux balcons. Des mères de famille commencent à descendre pour récupérer leurs mômes.La jeune ADS panique. Pourquoi? Aucun coup n'a été porté contre les flics, et aucun ne sera porté jusqu'à la fin de l'histoire, l'assistance est composée essentiellement de femmes et d'enfants. Mais enfin, elle panique, et par radio, appelle des renforts.Sans plus de précisions. Les policiers du commissariat de Saint Denis qui reçoivent le message paniquent à leur tour. Ils ne prennent pas le temps de demander des précisions sur la nature de la menace, et se ruent dans le désordre le plus complet sur du matériel. Qui prend une radio, un autre une matraque, d'autres des bombes lacrymogènes, sans que personne ne soit identifié. Et s'engouffrent toujours au hasard et en désordre dans des voitures qui convergent vers le centre de Saint Denis. Au total, 32 policiers, vous avez bien lu, trente deux policiers se retrouvent sur la dalle, pour un vol de portable, dont la victime ne sera jamais identifiée. Un policier avise un individu "qui avance de façon menaçante vers ses collègues. Il le stoppe net d'un jet de gaz lacrymogène." C'était un autre flic. Au total, huit policiers seront gazés par d'autres policiers. Ce seront d'ailleurs les seuls "dommages corporels" qu'ils auront à subir. Ensuite, comme il faut bien s'occuper, justifier sa présence, à 32 policiers sur la dalle, sans qu'on sache pourquoi, les habitants présents sont indifféremment jetés à terre, menottés, un peu tabassés, et pour finir une bonne douzaine, dont une femme enceinte, une mère de famille, des mineurs, sont entassés dans un fourgon et ramenés au commissariat.
Là, on imagine que la panique commence à retomber, les policiers se regardent les uns les autres, et personne ne veut assumer la responsabilité des arresta tions qui viennent d'être faites. Pas de rapports donc, et les femmes et les enfants sont relâchés au bout de quelques heures, sans être mis en garde à vue. Le lendemain, deux femmes et deux mineurs portent plainte pour violence illégitime contre trois policiers nettement identifiés.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. La hiérarchie, superbement absente jusque là, s'en mêle. Les trois gardiens de la paix incriminés sont promus brigadiers. Parfait. Les gardiens de la paix connaissent désormais le plus court chemin pour être promus. Ce n'est pas tout. Celui qui est le plus lourdement mis en cause (le procureur réclame contre lui six mois de prison dont quatre fermes) est muté à la formation professionnelle continue, en charge de la formation à l'intervention sur le terrain. Une chose pareille ne peut pas s'inventer. La formation des jeunes gardiens de la paix est entre de bonnes mains. Et moi, j'ai peur.

Deux jours après, les "incidents" à la sortie du Parc des Princes. Pas plus rassurants. Nous apprenons que "les autorités" n'avaient pas estimé qu'il s'agissait d'un match"à risques", et que le dispositif policier était donc léger. Il y a de quoi hurler. Un match entre un club israélien et le PSG dont les supporteurs sont des fascistes antisémites bien connus n'est pas un match à risques? Serait ce parce que Sarkozy, dans sa chasse aux voix du FN, a décidé que désormais le noyau dur de l'antisémitisme en France se trouvait dans les banlieues, et basta? Comment se fait il que les supporteurs du club de Tel Aviv n'aient pas été évacués des alentours du stade avant que les fachos n'en sortent, comme cela se fait d'habitude? Que faisait ce malheureux policier en civil, de la police des transports, noir de surcroît, seul au milieu de cette foule facho, raciste, et déchaînée?

Policier, c'est un métier. Il serait temps de revenir aux fondamentaux, comme on dit en rugby.