Juillet 2006, Pierre Vidal Naquet vient de mourir. Sa disparition me touche profondément. De même qu'il y eut une génération d'intellectuels forgée dans les combats de l'affaire Dreyfus au début du 20° siècle, il y eut, à la moitié du siècle, une génération d'intellectuels forgée dans la lutte contre le colonialisme, le racisme et la torture pendant la guerre d'Algérie. Les signataires du Manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission, pour dire les choses rapidement. Vidal Naquet y perdit son poste d'enseignant à l'université de Caen, comme beaucoup d'autres signataires. Un combat qu'ils menèrent à peu près seuls, on l'oublie souvent, sans le PC, sans les socialistes, sans la presse qui aujourd'hui encense chacun d'entre eux dans leurs notices nécrologiques. Ils furent à la fois de grands intellectuels, avec une renommée internationale dans leur discipline, et des autorités morales, parce qu'ils avaient su mener le juste combat au juste moment. Comme beaucoup de mes contemporains, sans doute, j'ai le sentiment d'avoir commencé à exister dans leur sillage, et la disparition de Vidal Naquet, l'un des derniers survivants, me laisse orpheline. Avec lui et ses pairs disparaît une façon de vivre la politique en France.
Il faut bien, quand même, continuer à écrire.