Un rappeur en procès pour «outrage aux bonnes mœurs» : nous sommes en France, en février 2006.
Et ce n'est pas une initiative isolée. Deux cents députés et sénateurs, inspirés par les «violences urbaines», ont demandé au ministre de la Justice les mesures qu'il entendait prendre contre sept groupes de rap, dont ils jugent les textes «inacceptables». Et une proposition de loi d'octobre 2005 prévoit de créer le délit d'«atteinte à la dignité de la France et de l'Etat» (on songe à Orhan Pamuk, et à des centaines d'écrivains et journalistes turcs, poursuivis en Turquie pour atteinte à la dignité de la «turquité») passible de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende. Dignité de la France… On est toujours en 2006.
Dans notre pays, grâce à la façon dont le gouvernement entretient soigneusement la peur et l'insécurité, grâce à la façon dont la «gauche» lui emboîte le pas sur ce thème qu'elle s'imagine porteur (de quoi ?), la censure s'installe, sans susciter les réactions attendues, espérées. C'est ma liberté qui est entamée par les menaces contre les rappeurs.