Histoire criminelle des États-Unis






















Envie de dire à tous mes lecteurs et amis : Il y a un livre à lire pour comprendre le monde qui nous entoure, et c’est l’ Histoire criminelle des États-Unis, de Frank Browning et John Gerassi, journalistes, essayistes, enseignants, deux figures emblématiques de la New Left américaine des années 60-90. Le livre fut publié en 1980 aux États-Unis, traduit et publié en France en 1981, republié en 2015 pour la première fois dans une édition de poche, avec une version mise à jour, par Nouveau Monde Éditions.
C’est un livre que l’on dévore, malgré l’importance de l’appareil critique (personne n’est obligé de lire les notes en bas de page), et indispensable si l’on veut essayer de commencer à comprendre un tout petit peu l’Amérique d’aujourd’hui, pas seulement celle de Trump et de la NRA, mais aussi celle de la NSA, de la CIA et du monde des affaires. L’Histoire est un élément indispensable à la compréhension du présent, nous disent les auteurs :
« La combinaison d’un populisme de cowboy et du puritanisme violent de la Nouvelle Angleterre  - les grandes forces qui ont présidé à la fondation de l’Amérique -  ont créé un paradigme qui fait de la criminalisation des entreprises et de la vie quotidienne un élément clé de la réussite aux États-Unis. »
Les grandes périodes de cette histoire : la colonisation, la période post guerre d’indépendance, l’essor de la deuxième moitié du 19° siècle, la puissance dominante du 20° siècle. Les auteurs s’attachent à montrer qu’à chaque période correspondent des évolutions synchrones et des interpénétrations des forces économiques, des forces politiques, des organisations criminelles qui évoluent conjointement. Tout au long de cette histoire, la contestation sociale est traitée comme une activité criminelle. Le premier 19° siècle est marqué par la prolifération des milices de toutes sortes liées au maintien de l’esclavage, à la guerre contre les Indiens, à la conquête de l’ouest. Une histoire dans laquelle assassins, shérifs, voleurs, miliciens jouent des rôles totalement interchangeables et toujours ultra-violents. (J’admire la capacité de la culture américaine à transformer ces affrontements sanguinaires en épopée des temps modernes.)
Lorsqu’arrivent les vagues d’immigration de masse du tournant du 19° siècle formées de populations à forts sentiments communautaires, elles vont se structurer progressivement autour de mafias criminelles identitaires, totalement imbriquées dans les pouvoirs politiques locaux, et qui jouent un rôle de régulation et d’intégration des nouveaux arrivants dans la structure économique et sociale du pays d’accueil. Elles constituent même les seuls véritables instruments de promotion sociale dans ces milieux immigrés très pauvres.  La démonstration est convaincante.
Vient ensuite le 20° siècle, l’après guerre, la prohibition… Le crime organisé s’imprègne des mutations économiques. Il intègre les modes organisationnels des entreprises mises au point par Ford, puis la révolution économique de l’après deuxième guerre mondiale.
Je ne résiste pas au plaisir de cette citation d’Al Capone : « Tout ce que j’ai fait, ç’a été de vendre de la bière et du whisky à nos citoyens les plus respectables. Je n’ai jamais fait que répondre à une demande existante. » Al  Capone, le champion de la politique de l’offre…
Conclusion de Browning et Gerassi : « Le crime fait partie intégrante du système américain. C’est un moyen de faire beaucoup d’argent, un système régulateur des affaires, une façon de faire vivre les pauvres… et bien souvent un moyen de gouvernement. »

Histoire criminelle des Etats-Unis (The American Way of Crime), de Frank Browning et John Gerassi, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Carasso, Nouveau Monde, « Poche Histoire », 624 p., 10,90 €