Making a Murderer

















Making a Murderer est une série documentaire bouleversante qui suit au plus près pendant dix ans, dans une petite ville du Middle West, la vie d’un homme accusé et condamné pour viol, qui fait dix huit ans de prison avant que les analyses ADN ne l’innocentent, (excusez nous, l’erreur est humaine n’est ce pas). Il intente un procès au comté et à sa police pour obtenir réparation, et au cours du procès, une femme disparaît dont on retrouve le corps sur son terrain. Malgré ses protestations d’innocence, il est alors à nouveau arrêté, jugé, dans le même comté, et condamné à perpétuité, il retourne en prison où il est toujours, dix ans plus tard.
Le documentaire ne fonctionne qu’avec des témoignages, dépositions, interviews des acteurs du drame, morceaux d’enquêtes et de procès pris sur le vif, sans aucune reconstitution ni aucun commentaire des cinéastes. Documents en direct, rien que des documents.
J’ai été saisie à l’estomac, tordue d’angoisse devant le fiasco judiciaire. Fiasco à l’échelle locale : une petite ville décente et aisée contre un pauvre blanc marginal, pauvre, un ferrailleur. Fiasco de toutes les formes d’appel : chaque niveau de l’institution judiciaire sait où est son intérêt, où sont ses alliés et ses électeurs. Un documentaire qui dure dix heures, admirablement construit, comme une fiction haletante. Pas un moment de repos. Et comme au guignol dans mon enfance, j’avais tout le temps l’envie d’intervenir : « Non,  ne dites pas ça, regardez, regardez, c’est un piège… »
Un documentaire à voir absolument pour réfléchir sur les sociétés démocratiques.
Un point peut être secondaire mais notable : la justice américaine sombre, corps et biens. Mais il y a des cinéastes pour le filmer, une chaine pour diffuser la série documentaire. En France, nous avons les fiascos judiciaires, mais pas de documentaires de cette force et de cette portée.