"Bien connu..." 5

L'actualité  fournit trop régulièrement des situations proches de celles que j'avais racontées dans mon roman Bien connu des services de police. Un roman que des policiers et des juges rencontrés dans divers débats avaient déclaré bien trop forcé, caricatural même. Or les mêmes mécanismes se répètent, à intervalles plus ou moins réguliers. Depuis quelques mois, j’ai décidé d’en tenir une rubrique.

Nouvelle histoire de bavure policière, en tout conforme à celles dont j’ai déjà fait état ici. À Chanteloup-les-Vignes, dans un « quartier », arrestation musclée, tabassage, tir de flashball. Puis les policiers rédigent un PV faisant état d’agressions à leur encontre et d’un groupe d’individus menaçants à proximité.
Une vidéo amateur commence à circuler sur laquelle les violences policières s’exercent sur un individu déjà à terre et menotté. Les témoignages policiers évoluent alors pour tenir compte de cette donnée nouvelle. Puis une deuxième vidéo amateur apparaît : aucun groupe menaçant à proximité. Enquête de l’IGS, la police interne, solidarité des « collègues » : « Nos collègues dérangent parce qu’ils font leur boulot. » Et la victime est en taule. Rien de bien original. Les syndicats de policiers s’irritent : « Quand allons nous arrêter d’interpréter des vidéos qui ne reprennent pas l’intégralité  d’une intervention ? »
Et là, cela devient plus intéressant. Nous sommes en plein débat sur l’équipement des policiers en patrouille de caméras. Après quelques résistances de principe de la part des policiers, le point d’achoppement aujourd’hui semble être : qui choisit le moment de déclencher la caméra ou non ? Si c’est le policier en patrouille qui décide, l’intérêt dans le cas de bavures est à peu près nul. Et nous serons de nouveau réduits « à interpréter des vidéos qui ne prennent pas l’intégralité d’une intervention. » Donc, une seule solution si l’on veut éviter les mises en cause par les vidéos amateurs : déclenchement systématique et obligatoire de la caméra du policier en patrouille dans tous les cas d’intervention.
Réduire la tension et les affrontements entre les jeunes et la police, c’est vital, il faut faire vite.