"Bien connu..." 3
















Décidément, l’actualité de la délinquance policière est riche en ce printemps. Libération du 1° avril 2015 y consacre tout un dossier, à juste titre. Sans remonter plus haut, en trois petits mois, depuis le début de l’année, 15 policiers ont été interpellés, pour des délits variés allant du trafic de drogue en bande organisée jusqu’à la violation du secret des instructions en passant par le racket.
L’affaire la plus récente est celle de la BAC de Stains (93) : cinq policiers de cette BAC sont interpellés le 23 mars, puis mis en examen le 27. Ils rançonnaient les dealers locaux et avaient leurs propres réseaux de revente de la drogue volée.
Pour moi, cette affaire est particulièrement intéressante pour ce qu’elle révèle du fonctionnement quotidien de la police « ordinaire », celle de base, dans les quartiers. Notons qu’elle est très loin d’être isolée. Affaires similaires à Saint Denis en 2005, dans les quartiers Nord de Marseille l’année dernière. Il est dit, dans la communication officielle, que les activités criminelles de cette BAC duraient depuis au moins deux ans. Et personne au commissariat de Stains n’en aurait rien vu ? Un petit commissariat, dans une petite commune ? Évidemment non. Mais tout le monde s’est tu. Pendant au moins deux ans. Solidarité entre flics. On n’approuve pas nécessairement le comportement des collègues, mais on se tait. Qui  a brisé l’omerta, qui a déclenché l’enquête ? Une toute jeune commissaire qui débarque à la tête du commissariat en 2014 et fait rapidement part de ses soupçons à la Direction Territoriale de la Sécurité, qui transmet au parquet de Bobigny. Une jeune commissaire pas encore au courant des mœurs de la maison Poulaga. Et qui va le payer cher. Elle reçoit des lettres anonymes de menaces, sa voiture est sabotée. Et finalement, c’est elle qui est mutée : elle a rompu le pacte. Mutée en Gironde. Pas sûr qu’elle y soit bien reçue. Après 2005, un jeune flic de la BAC de Saint Denis, choqué par le comportement de ses collègues proxénètes, avait accepté de témoigner contre eux à leur procès. Muté en Bretagne, pour le mettre à l’abri de menaces diverses émanant de ses collègues, il y avait été accueilli par son nouveau commissaire : « Je vous préviens, ici, on n’aime pas les balances. »
Bonne chance, Madame la commissaire.
L’histoire de la BAC de Stains (comme celle de la BAC de Marseille Nord, dont on aimerait connaître l’issue judiciaire) nous dit encore autre chose. Quand la police du quotidien agit dans un milieu qu’elle craint, qu’elle hait, qu’elle méprise, sur un territoire qu’elle considère comme un terrain conquis ou à conquérir, qu’elle se croit couverte, les dérapages criminels ne sont plus les actes isolés de brebis galeuses, mais des glissements fréquents, dans la logique du système.
Un haut gradé parlait, à propos de Stains, de « nettoyer les écuries d’Augias. » Il se prend pour Hercule, le héros demi dieu ? Les hommes, eux, ne parviennent jamais à nettoyer les écuries d’Augias. Il me semble que c’est plutôt la culture policière qu’il faut commencer à changer, par la base, un travail qui ne concerne pas seulement la police, mais toute la société.

2 avril 2015