Guaino Berlusconi : même combat ?


On aurait tort  de s’arrêter aux plaisanteries d'Henri Guaino sur sa parenté avec Zola et Dreyfus tout à la fois. Au delà de cette pantalonnade, il est peut être en train  d’opérer une mutation dans la droite française pour le moins surprenante. Alors que traditionnellement depuis deux siècles, le parti de l’Ordre, auquel il appartient, s’appuie sur le culte de l’État, et son corollaire, le pouvoir des juges et celui des policiers, sur le respect dû à ces institutions, sur une valeur de justice implacable parce qu’au dessus des classes et des partis, le voilà qui prend modèle sur notre illustre voisin, Berlusconi, et lui emboîte le pas.
Berlusconi a bien sûr de l’avance. Ce dimanche, il était en manifestation à Brescia, contre « le pouvoir des juges », aux côtés d’Angelino Alfano, le n° 2 de son parti, mais aussi le Vice Président du Conseil et ministre de l’Intérieur. Le ministre de l’Intérieur à la tête d’une manifestation contre les juges, nous n’y sommes pas encore, mais cela éveille quand même quelques échos des pratiques sarkozystes. Et Berlusconi s’est comparé à une illustre victime d’une erreur judiciaire, Enzo Tortora, tout comme Guaino se réfère à Zola.
Mais Guaino a-t-il bien mesuré que cette mise en cause, chez Berlusconi, n’est pas un fait isolé, mais est intégré dans une vision cohérente de la société. D’abord, Berlusconi défend les fraudeurs, tous les fraudeurs, du plus petit, celui qui travaille au noir, et paye son plombier sans facture, jusqu’au champion de l’évasion fiscale : Tous solidaires. Et c’est là dessus qu’il fonde sa solide popularité. Contre le pouvoir des juges qui brident les initiatives des individus, les empêchent de s’épanouir, de s’enrichir, et brisent du même coup la dynamique de la société, Berlusconi rejoint l’ultralibéralisme des années Reagan. Et c’est ce modèle que semble vouloir importer dans la droite française, quand, bien au delà d’un coup de sang, il sollicite le soutien des élus UMP, et l’obtient d’une centaine d’entre eux. Conscients de ce qu’ils sont en train de faire ? On ne sait pas. Mais c’est curieux que ce retournement nous vienne de Guaino, qui s’est présenté si longtemps comme un fervent défenseur de la conception gaulliste de l’Etat.
Nous vivons une époque troublée.