Un habitual de la comissaria

Bien connu des services de police paraît le 28 mai 2013 dans une édition en catalan.


Guaino Berlusconi : même combat ?


On aurait tort  de s’arrêter aux plaisanteries d'Henri Guaino sur sa parenté avec Zola et Dreyfus tout à la fois. Au delà de cette pantalonnade, il est peut être en train  d’opérer une mutation dans la droite française pour le moins surprenante. Alors que traditionnellement depuis deux siècles, le parti de l’Ordre, auquel il appartient, s’appuie sur le culte de l’État, et son corollaire, le pouvoir des juges et celui des policiers, sur le respect dû à ces institutions, sur une valeur de justice implacable parce qu’au dessus des classes et des partis, le voilà qui prend modèle sur notre illustre voisin, Berlusconi, et lui emboîte le pas.
Berlusconi a bien sûr de l’avance. Ce dimanche, il était en manifestation à Brescia, contre « le pouvoir des juges », aux côtés d’Angelino Alfano, le n° 2 de son parti, mais aussi le Vice Président du Conseil et ministre de l’Intérieur. Le ministre de l’Intérieur à la tête d’une manifestation contre les juges, nous n’y sommes pas encore, mais cela éveille quand même quelques échos des pratiques sarkozystes. Et Berlusconi s’est comparé à une illustre victime d’une erreur judiciaire, Enzo Tortora, tout comme Guaino se réfère à Zola.
Mais Guaino a-t-il bien mesuré que cette mise en cause, chez Berlusconi, n’est pas un fait isolé, mais est intégré dans une vision cohérente de la société. D’abord, Berlusconi défend les fraudeurs, tous les fraudeurs, du plus petit, celui qui travaille au noir, et paye son plombier sans facture, jusqu’au champion de l’évasion fiscale : Tous solidaires. Et c’est là dessus qu’il fonde sa solide popularité. Contre le pouvoir des juges qui brident les initiatives des individus, les empêchent de s’épanouir, de s’enrichir, et brisent du même coup la dynamique de la société, Berlusconi rejoint l’ultralibéralisme des années Reagan. Et c’est ce modèle que semble vouloir importer dans la droite française, quand, bien au delà d’un coup de sang, il sollicite le soutien des élus UMP, et l’obtient d’une centaine d’entre eux. Conscients de ce qu’ils sont en train de faire ? On ne sait pas. Mais c’est curieux que ce retournement nous vienne de Guaino, qui s’est présenté si longtemps comme un fervent défenseur de la conception gaulliste de l’Etat.
Nous vivons une époque troublée.

Le rêve de Madoff


Quatrième de couverture:
"Je tablais sur deux ans de prison, comme dans la jurisprudence des années 80. Je pris 150 ans. Ce fut un tremblement de terre. Rien à voir avec une quelconque justice. On m'a fait un procès en sorcellerie. C'est une habitude chez mes concitoyens : quand ils ne supportent plus de se regarder dans une glace, ils brûlent une sorcière, et repartent ensuite, exorcisés, l'âme en paix et le regard clair. Mais je ne me reconnais pas dans ce rôle de sorcière que l'on veut me faire jouer, à contre-emploi. Je ne suis pas un criminel. Je suis l'un des fondateurs de la nouvelle économie."
En entrant dans ce "rêve", le lecteur entre dans la peau d'un des personnages les plus décriés de cette dernière décennie, Bernard Madoff. Issu d'une famille modeste, Madoff incarne l'American Dream. Dès 1960, il flirte avec l'illégalité pour devenir ce qu'il a toujours souhaité être : riche et influent. Dans les années 90, grâce à des fonds d'investissements privés, il devient l'un des hommes les plus courtisés de la planète. Mais bientôt, la crise des subprimes ébranle le système. Madoff est jugé coupable. La faillite est totale : il écope de 150 années de prison ferme. À la fois vainqueur et victime d'un système ? L'auteur montre que l'époque ne pouvait que favoriser ce type d'escroquerie. L'ère Reagan, en supprimant les contrôles, facilite les transactions. Madoff n'est que le maillon d'une chaîne, l'un des noeuds d'un système qui avait déjà tissé sa toile : la puissance du marché. S'il est économique, politique et social, le prisme adopté par l'auteur est aussi personnel : reclus en prison, Madoff déroule sa propre vie sous forme de flash-back. Et cette vie, qu'il aura voulu héroïque, n'est que le symptôme d'une culture qui a fait de son émergence un mythe fondateur : celui du pionnier, de l'aventurier. 
Paru le 6 juin 2013
Éditions Allia

Traduction

Madoffs Traum, Ariadne. Argument, Hamburg 2014

Signature de L'Evasion

Jeudi 30 mai 2013, à partir de 19H30, à la librairie La Hune
16-18 Rue de l'Abbaye, 75006 Paris