FESTIVALS

Avec le printemps, c’est le retour des festivals polars, les dates qui se chevauchent, la course d’un train à l’autre, bien souvent. Tous ces festivals représentent pour ceux qui les organisent comme pour ceux qui y participent un investissement en temps et en travail importants. Est ce que chacun s’y retrouve ?

Qu’attendent les auteurs ? Plusieurs choses. D’abord, sortir de l’isolement, dont on finit par souffrir quand on écrit. Rencontrer d’autres auteurs, établir des contacts avec des libraires, des bibliothécaires, des journalistes, etc… Vendre des livres. Et, surtout, rencontrer des lecteurs, pouvoir échanger avec eux, entendre quelques retours sur leur travail.

A priori, un festival n’est pas simplement l’occasion de passer un weekend entre copains, faire une bonne bouffe, et boire un (ou plusieurs) bon coup.

Je reviens du Quai du Polar, à Lyon. Un gros festival du Noir, le plus important en France, et qui fonctionne très bien. Pourquoi ?

Tout est fait pour permettre de vrais contacts entre les lecteurs et les auteurs.
  • Les auteurs, nombreux mais sans excès, une cinquantaine je crois, sont répartis dans des stands tenus par des libraires, des personnages connus des Lyonnais, dont la présence sur les stands, permet au public de trouver des repères.
  • Des débats sont organisés en simultané, tout au long du weekend, dans trois salles différentes, sur des sujets bien choisis, dirigés par des animateurs compétents. Le public est au rendez vous. Dans les trois débats auxquels j’ai participé, environ deux cents personnes.
  • Deux émissions de France Culture ont été enregistrées en public, dans le cadre du festival.

Toute cette animation fait que le public qui se promène entre les travées n’est pas perdu. Il a quelque chose à voir, quelque chose à faire. Les débats lui donnent envie de découvrir de nouveaux auteurs, lui suggèrent des choix, des rencontres. Mieux, la parole est (partiellement) libérée : les lecteurs potentiels qui composent le public ont quelque chose à dire. Les échanges entre lecteurs et auteurs en sont facilités, et de fait, ils sont nombreux, et c’est franchement réconfortant.

Autre aspect, la grande concentration d’auteurs, de journalistes, d’éditeurs etc… permet de nombreuses rencontres entre « professionnels », des frottements plus ou moins positifs, mais indispensables. Pour ma part, cette année, je sélectionne la rencontre avec Pierre Bayard, brillant auteur d’une trilogie, parmi bien d’autres ouvrages : « Qui a tué Roger Ackroyd ? », « Enquête sur Hamlet », « L’affaire du chien des Baskerville », dans laquelle il refait les enquêtes policières d’Agatha Christie, de Shakespeare, de Conan Doyle, et trouve les vrais coupables, qui ne sont jamais ceux que les auteurs avaient cru identifier. C’est fin, profond, et plein d’humour.

Bien sûr, le festival Quai du Polar est un festival « lourd », avec de gros moyens, peu reproductible. Mais il existe bien d’autres manières de créer des belles rencontres entre lecteurs et auteurs : j’en ai expérimenté beaucoup, dans toute la France. Cycles réguliers, tables rondes, rencontres décentralisées et itinérantes, lectures, confrontations avec le théâtre, la musique, le cinéma etc. Ce qu’il faudrait parvenir à éviter, c’est le festival qui mesure sa réussite au nombre d’auteurs invités, puis les abandonne derrière leurs tables chargées de livres et devant un public plus ou moins nombreux, plus ou moins perdu. Dans un de ces festivals, j’ai vu un jour un aveugle entrer, piloté par une accompagnatrice. Le couple a fait, à une allure régulière, le tour de toutes les tables chargées de livres, sans ralentir, sans s’arrêter. Lui effleurait les couvertures de la première rangée de livres, et elle psalmodiait le titre de tous les livres qu’il touchait, sans reprendre son souffle. Quand le tour complet a été fini, ils sont sortis. Ils étaient poignants. J’ai fait une bouffée d’angoisse, et suis allée prendre l’air.