RETOUR DE PETITES FUGUES

Les Petites Fugues de Franche Comté, organisées par le Centre Régional du Livre du 16 au 29 novembre 2009, ont été une expérience originale et réjouissante. Pendant quinze jours, vingt cinq auteurs, de toutes sortes de genres, se promènent un peu partout en Franche Comté, dans les médiathèques, les lycées, les hôpitaux, les librairies, et rencontrent les lecteurs là où ils sont, dans des réunions toujours très fréquentées (35 personnes dans un village de 700 habitants !), chaleureuses (gâteaux et vins du terroir), longues, souvent deux heures, deux heures et demie. Rien ne nous presse, la conversation rebondit, et de détours en détours, nous touchons parfois au fond des choses. Parmi les thèmes évoqués, sur lesquels il faudra revenir :

- La conception du suspens. Non pas : qui a tué ? comme dans le « who done it » type Agatha Christie, genre aujourd’hui bien plus répandu qu’on ne le dit, sous le déguisement du « noir », mais comment, dans quel état les personnages parviennent-ils à une fin somme toute prévisible ?

- Le style d’écriture. Pourquoi écrire au présent ? Il y a des considérations qui tiennent à l’élégance de ce temps dans la langue française, à sa légèreté et à son inscription directe dans l’action. Mais plus profondément, l’utilisation du présent s’articule aussi sur la disparition du narrateur, donc sur l’absence d’un point de vue unique, sur une histoire achevée avant que le récit commence.

- Une autre remarque, en passant : dans la dizaine de rencontres auxquelles j’ai participé, j’ai rencontré partout des bénévoles franchement miraculeuses (le féminin l’emporte en nombre sur le masculin), enthousiastes, volontaires, inépuisables, et très souvent « de gauche », me semble-t-il. Comment se fait-il que toute cette richesse ne trouve aucun écho politique ?

L’an dernier, les « petites fugues » ont été fréquentées par plus de quatre mille personnes. Dans plusieurs rencontres, bibliothécaires et lecteurs m’ont dit qu’ils attendaient ces rencontres, d’une année sur l’autre, parce que c’était toujours pour eux de grands moments. Que tous ces lecteurs, tous ces professionnels et ces amoureux bénévoles du livre soient ici remerciés. Ce fut aussi un grand moment pour moi.